Dr Clément: « Elle a pu faire son deuil »

Cimetiere

Je suis médecin du travail et il y a quelque temps, j’ai reçu en consultation une femme d’une quarantaine d’années.  À peine cette femme est-elle entrée que mon regard est interpellé par sa carrure rachitique et j’établis un pré-diagnostic d’anorexie.

Je débute donc mon examen médical en calculant son Indice de Masse Corporelle, celui-ci indique clairement qu’elle est en « zone dénutrition ». Toutefois, lors de l’interrogatoire médical qui s‘ensuit, j’apprends qu’elle est comme cela depuis son enfance. Vérifiant sa tension artérielle, je suis surpris de constater qu’elle n’a rien d’anormale. Ces nouvelles données allant à l’encontre de mon diagnostic initial d’anorexie, je poursuis la consultation. À la question concernant les antécédents médicaux familiaux, la patiente me répond que son père est décédé lorsqu’elle était enfant. À ce moment précis, je remarque que ses yeux sont humectés de larmes, et ceci malgré le beau sourire qu’elle affiche depuis le début de la consultation.

Délicatement, j’essaie de lui dire qu’elle est encore en souffrance, n’ayant jamais fait le deuil de son papa depuis toutes ces années. Et là, à mon grand étonnement, elle m’avoue qu’habituellement elle ne parle à personne de ce moment douloureux de sa vie si ce n’est à un couple d’amis, et lorsqu’elle le fait, ce n’est jamais sans fondre en larmes. Elle me précise que ces amis lui disent aussi qu’elle n’a pas fait le deuil de son père.
Face à cette indéniable souffrance, je ne peux m’empêcher de lui dire que lorsque l’on est confronté à la mort, certains pensent que tout s’arrête, que l’on retourne à la poussière, alors que d’autres ­ en lien avec leur croyance religieuse chrétienne ­ prétendent qu’il y a une vie éternelle dans l’au-delà. Je m’attarde plus sur le deuxième postulat en ne lui cachant pas que c’est aussi 
ma vision de la vie.
À la fin de la consultation je lui conseille de faire du sport pour évacuer le stress
 engendré par toutes ses tensions intérieures.
Je lui fixe aussi un autre rendez-vous pour vérifier que ce stress n’ait pas d’incidence sur sa nouvelle activité professionnelle.

Un mois plus tard, je la revois comme prévu : quelle ne fut pas ma surprise en l’entendant me dire qu’elle a pris 4 kg, ce que
 j’ai vérifié immédiatement sur la balance. Rayonnante, elle ajoute encore : « Avec mes enfants je suis allée au cimetière pour parler à mon père. Je n’y étais pas allée depuis des années. Aussi, j’ai pu parler de mon père avec mes amis sans me mettre à pleurer. »
Il va sans dire que, durant ce mois d’intervalle, j’ai prié pour cette patiente lors des eucharisties et l’ai confiée à Notre Mère Marie.

Dr Clément

 

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