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Dossier  > BD : La vague ésotérique   Imprimer cette page

Existe-t-il des bandes dessinées anti-catho ? Oui. Minoritaires mais assez virulentes. Si l’on considère leur relation à la foi, on pourrait dire que les BD se répartissent entre deux pôles, l’un explicitement religieux, l’autre tout aussi expressément anti-religieux et, ici, anti-catho.

Par Pascal Ide [02/01/2007]

Une extrémité, on trouve les albums religieux, non seulement par le contenu (ils mettent en images la Bible ou la vie des saints), mais par leur perspective didactique et confessante. Nous rencontrons ensuite des BD respectueuses de la foi, mais décalées, par exemple par leur humour (Le chat du rabbin, 4 tomes, nous fait partager les questions théologiques et existentielles d’un chat qui parle depuis quil a avalé un perroquet) ou par leur usage du spectaculaire (Le Secret de l’arche, 2 tomes, propose une adaptation du Livre des rois en louchant légèrement du côté des Aventuriers de l’arche perdue).

Les BD ésotériques, elles, se situent en marge des religions officielles et s’inscrivent en désaccord. En effet, l’histoire nous apprend que les hermétismes (nom savant pour ésotérisme) suivent les grandes religions comme leur ombre et s’en nourrissent comme de leur proie : ainsi la kabbale vis-à-vis du judaïsme orthodoxe (cf. Le 36è juste, 3 tomes). De fait, bien des titres d’album empruntent au monde biblique ou à la tradition chrétienne : Qumran (2 tomes), Tentation de Satan (3 tomes), Paradis perdu (3 tomes), Purgatoire (3 tomes), Nicolas Eymerich inquisiteur, etc.

Grosso modo, la perspective ésotérique se caractérise par les traits suivants qui sont autant de réactions à l’égard de la foi chrétienne et, plus généralement, monothéiste : salut par la gnose (le savoir) versus la foi ; panthéisme versus Dieu transcendant la création ; dualisme lumière-ténèbres versus création unifiée ; acquisition de pouvoirs magiques versus service aimant de l’autre. Pour ne donner qu’une illustration du premier point, la série Le linceul (3 tomes), sur le Saint-Suaire de Turin, en propose une approche exclusivement scientifique et conclut qu’il en existe au moins cinq... Selon le décompte opéré par le site planetebd.com, qui présente une entrée “Ésotérisme” (à distinguer du “Fantastique” ou des “Mondes décalés”), sont parus 92 titres entre février 2002 et octobre 2006, soit plus de 3 % de la production. Mais ce chiffre sous-estime largement la réalité, car les thèmes ésotériques faisandent généreusement l’imaginaire de la science-fiction – Valérian ne se contente pas de singer la Trinité (Les foudres d’Hypsis, Par des temps incertains), il promène son héros dans un monde transcendant les clivages religieux – ou du fantastique – sans même évoquer la saga Thorgal, la BD-culte des mêmes auteurs, Van Hamme et Rosinski, Le grand pouvoir du Chninkel, est un démarquage gnostique de l’épopée davidique déjà évoquée.

La BD anti-catho

Un genre minoritaire Maintenant, grande est la diversité entre ces BD à fond gnostique ou ésotérique, de l’allusion ironique – Jodorowki égratigne le Techno-Vatican et les techno-évêques dans les tomes 5 et 6 des Technopères –, en passant par la relecture violente des quatre évangiles de la BD le Troisième Testament – quête d’un document écrit par Dieu lui-même, détenteur de la puissance infinie du Verbe – jusqu’à l’attaque frontale et violente contre le catholicisme – Le Triangle secret (7 volumes), I.N.R.I. (3 volumes sur 4) et la collection explicitement maçonnique de la Loge Noire, dirigée par Didier Convard chez Glénat. Nous aboutissons ainsi au second pôle, proprement anti-catholique.

Complot contre l’Église ? D’abord, si ce dernier genre a du succès, il demeure très minoritaire. Ce serait oublier que les autres religions monothéistes ont aussi droit à leur relecture (dans les 10 volumes du Décalogue, la découverte d’une nouvelle sourate, écrite par Dieu, contredit la version othmanienne du Coran et menace d’ébranler l’Islam). Enfin, cet appel aux thèmes gnostiques montre que la BD (comme le cinéma ou la littérature) suit – mais aussi relaie – l’évolution de notre relation au religieux. Pendant des décennies, le neuvième art est demeuré majoritairement profane, quoiqu’imprégné de valeurs chrétiennes, l’illustration la plus typique étant le boy-scout Tintin. Mais, depuis plus d’une vingtaine d’années, il est touché par une vague de “religieux sauvage” auparavant marginal. Un signe : la présence nouvelle et massive des anges (Paradis perdu, Elle, Mèche rebelle, La voix des anges, Les immortels, etc.), démons (Jessica Blandy, tomes 9 et 10, Namara, tome 1, etc.) et apparentés comme les stryges. Il demeure que, surtout chez un public massivement ignorant en matière religieuse, la BD façonne un imaginaire et suscite des sentiments et, pour les dernières séries, un ressentiment contre l’Église.

Alors, B.D. : Bonté de Dieu ou Beauté du Diable ? Pour certaines, l’une ou l’autre, assurément. Mais ne devenons pas parano, avec l’aide d’un Bienveillant Discernement, c’est d’abord synonyme de : Bonne Détente !

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