Vous étiez à l’origine de la controverse autour du Téléthon l’an dernier. L’édition 2007 approchant (7 et 8 décembre prochains), comment l’appréhendez-vous ?
Avec l’espoir que puissent se poursuivre un débat et une réflexion de qualité qui ont peu à peu émergé à la suite de cette controverse. Deux domaines de discussion doivent rester ouverts. D’une part, celui des grands enjeux éthiques concernant le principe de dignité de l’embryon humain. Le fait qu’une partie des dons récoltés soit orientée vers une technoscience détruisant des êtres humains à peine conçus doit susciter une désapprobation absolue. C’est ce que demandait le cardinal Ratzinger avant son élection comme pape : "Le devoir de protéger les droits de l’embryon humain n’admet ni dérogation, ni exception, ni aucun compromis." D’autre part, celui des aspects scientifiques totalement nouveaux concernant les thérapies régénératrices à partir des cellules souches adultes et de cordon. Les publications de niveau international montrent que ces cellules ont un potentiel de guérison insoupçonné, faisant exploser le dogme de l’embryon-réservoir de pièces détachées. La France, à l’approche de la révision de la loi de bioéthique, doit résolument tourner le dos à une science sans conscience pour promouvoir une biomédecine moderne et éthique.
Vous venez de sortir un livre qui s’intitule La bioéthique et l’embryon. À qui s’adresse-t-il ?
Ce livre souhaite s’inscrire dans ce que Mgr Rey (évêque de Fréjus-Toulon), qui signe la préface, appelle une pastorale de l’intelligence. Les thématiques abordées embrassent par exemple les mécanismes de consensus au sein des grandes enceintes bioéthiques, la question de l’eugénisme, la place de la biotechnologie, le relativisme et l’utilitarisme éthiques, la dynamique de l’objection de conscience, une lecture juridique pour réviser la loi française de bioéthique. Si cet ouvrage s’adresse aux familles, aux soignants, aux éducateurs, aux prêtres et religieux, je l’ai écrit aussi en pensant particulièrement aux jeunes.
- Mi-septembre, le ministère de la Santé lançait une nouvelle campagne sur le thème : « La meilleure contraception, c’est celle que l’on choisit. » Quel regard éthique peut-on porter sur cette question ?
La question de la contraception est bien souvent laissée de côté sur le plan éthique. En réalité, il s’agit du premier grand non à la vie que les Occidentaux ont posé. Pierre Simon, ancien président de la Grande Loge de France et cofondateur du Planning familial français l’avait écrit en 1979 : « La vie comme matériau, tel est le principe de notre lutte. La révision du concept de vie, induite par la contraception, transformera la société dans son intégralité ». À ce titre, l’encyclique Humanae vitae de Paul VI est prophétique. Devant la diffusion préoccupante des produits contraceptifs de nouvelle génération, promouvoir à l’attention de nos contemporains la vision personnaliste de la sexualité humaine et la réflexion profonde du Magistère sur la vocation de la femme nous incombe fortement.
Un nouveau test de grossesse semait, en juin dernier, la controverse : il permettait de connaître le sexe du bébé dès la sixième semaine de maternité. Ne risque-t-on pas, là encore, de voir une augmentation des IVG ?
Ce test, en vente sur Internet moyennant quelques centaines d’euros, est une nouvelle violation de l’éthique la plus élémentaire. Comme la plupart des États européens dépénalisent l’avortement bien après cette date (en France jusqu’à la 12e semaine), c’est la tentation d’y recourir pour une simple convenance personnelle. D’ailleurs, 50% des Françaises interrogées par le magazine Elle affirment être très intéressées, 18% allant jusqu’à affirmer qu’elles auraient recours à une IVG si le résultat n’était pas celui escompté. C’est la banalisation de la transgression sous couvert de liberté toute-puissante témoignant d’un obscurcissement dramatique des consciences.
En juillet dernier, la Haute autorité de santé recommandait au ministère de la Santé de mettre en place un nouveau dépistage de la trisomie 21, plus précoce et plus développé. Comment réagir face à une telle information ?
L’eugénisme, puisque c’est de cela qu’il s’agit, est devenu une plaie de nos sociétés sécularisées que peu ont voulu regarder en face. Tri des embryons par diagnostic préimplantatoire, avortement eugéniste après diagnostic prénatal, et ce jusqu’au dernier jour de grossesse, nous organisons une sélection des personnes avec une redoutable efficacité. Didier Sicard lui-même, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), s’en alarmait récemment : "Nous défendons un droit à l’inexistence. Je suis persuadé que si la France avait été confrontée, à l’occasion d’un régime nazi, à des pratiques eugénistes similaires, elle répugnerait aujourd’hui à s’engager sur une pente particulièrement dangereuse." Tous ceux qui ont une autorité morale dans notre pays – et je pense particulièrement aux évêques – doivent vigoureusement dénoncer le meilleur des mondes qui est déjà à nos portes.
Quels sont vos espoirs pour l’avenir ?
Comment ne pas être réconforté par des succès ou des initiatives en faveur de la vie ? Je pense à la victoire massive de l’Église italienne lors du référendum sur la bioéthique de juin 2005, qui a interpellé très fortement les pays voisins ; mais aussi aux nombreux projets de formation à l’éthique et à la défense de la vie, formidables signes d’espoir pour la recherche biomédicale européenne. Mais au-delà, il apparaît que se joue actuellement un choc culturel et moral frontal entre un relativisme éthique outrancier qui se mondialise et le magistère de l’Église, perçu de plus en plus comme la seule instance capable de défendre la conscience éthique universelle. Benoît XVI nous invite à être ces apôtres infatigables au service de la vie en rappelant que « dans le temps et au-delà du temps, le Seigneur domine tous les événements de l’histoire et proclame le pouvoir de la vie sur la mort » (Jean Paul II, Evangelium vitae, n. 105).