Église officielle/Église clandestine : cette distinction est-elle toujours d’actualité ?
Rappelons qu’elle est apparue au début des années quatre-vingt, avec la reconstitution de l’Église dite officielle contrôlée par le gouvernement. À cette époque, des catholiques ont refusé toute compromission avec le pouvoir communiste et c’est ainsi qu’a vu le jour une Église souterraine. La situation a évolué peu à peu et à la fin des années quatre-vingt-dix on a découvert qu’en réalité, la plupart des évêques dits officiels avaient, discrètement, été reconnus par Rome…
Au printemps dernier, les relations ont été particulièrement tendues entre Rome et Pékin, pourquoi ?
Ces tensions sont liées à des nominations intempestives d’évêques de la part du gouvernement. Dans l’Église officielle, les nominations supposent l’aval du gouvernement et celui du Pape. Depuis plusieurs années déjà, le Saint-Siège a cessé de nommer des évêques au sein de l’Église clandestine, afin de contribuer à la réunification de l’Église. Ce système semblait fonctionner correctement. Mais au printemps dernier, trois ordinations épiscopales ont eu lieu sans l’accord du Saint-Siège ou alors même qu’il avait donné son veto !
À plusieurs reprises, on a pensé qu’un accord pourrait intervenir entre Rome et Pékin. Ces récents événements manifestent que, sans doute, ce dossier n’est pas prioritaire pour le gouvernement chinois. De plus, il a peut-être intérêt à voir l’Église divisée. Si on peut douter de sa réelle volonté d’aboutir, les pourparlers entre Rome et Pékin continuent cependant.
Comment les catholiques vivent-ils sur le terrain ?
Les choses se sont considérablement améliorées depuis 25 ans. Aujourd’hui, un Chinois peut croire dans son for intérieur sans être soupçonné d’intelligence avec les puissances étrangères. Mais il y a encore du chemin à parcourir : ainsi, des évêques et prêtres refusant toute compromission avec le pouvoir sont toujours en prison.
Quels défis l’Église de Chine doit-elle relever aujourd’hui ?
Les mêmes que l’Église d’Occident a relevés au cours des dernières décennies. Mais ils se présentent à l’Église de Chine de façon très accélérée.
Ainsi, les vocations : certes les séminaires sont pleins ; on oublie cependant que leur nombre est insuffisant ! Par ailleurs, dans les régions les plus aisées, comme Shanghai, les vocations locales se tarissent. On peut évoquer aussi le défi de la formation : la foi des fidèles est vivante, il est cependant urgent de la consolider. En ce qui concerne l’évangélisation, enfin. Chez beaucoup de baptisés, on sent une formidable envie d’accompagner la société dans les profondes mutations en cours. Le mot d’ordre du Parti, s’enrichir, ne suffit pas à satisfaire la soif de vivre des Chinois. De vastes champs s’ouvrent pour la mission et, malgré les obstacles encore nombreux, des initiatives très intéressantes voient le jour. Ainsi, des groupes de prière permettent aux personnes en recherche de découvrir Dieu ; des formations pour couples les aident à mettre en lumière des blessures profondes du passé (comme les mariages arrangés selon des critères politiques’) et à trouver le chemin du pardon, etc.
Des signes d’espérance sont-ils perceptibles ?
Cette Église, à travers toutes les souffrances qu’elle a traversées, a su montrer qu’elle pouvait compter sur ses propres forces. Pour la première fois, la vague d’évangélisation en cours, même si elle est soutenue par des catholiques étrangers, vient cependant surtout de l’intérieur.
Jean Paul II annonçait une grande moisson de foi pour l’Asie1. En Chine, nous commençons à la percevoir.