Deux millions d’Irakiens ont quitté leur pays. Où se sont-ils réfugiés ?
Les Irakiens ont en effet fui leur pays à cause de la guerre qui sévit depuis six ans. En Jordanie, on compte 700 000 réfugiés, mais ce sont les plus riches. En Syrie, où la vie est moins chère et où l’entrée est possible sans visa, on a vu arriver plusieurs milliers d’Irakiens. Pour le reste, ils se sont réfugiés au Liban, en Égypte et en Turquie.
Parmi ces deux millions d’Irakiens, on compte entre 150 000 et 300 000 chrétiens chaldéens (en Irak, la majorité des chrétiens sont de rite chaldéen, NDLR).
Que vivent les chrétiens d’Irak ?
J’hésite à parler de persécution des chrétiens en Irak, car dans ce pays, tout le monde est atteint par la violence. Dans certaines villes, les chrétiens, minoritaires et sans milice, ne peuvent pas se défendre. Il n’y a plus aucune sécurité en Irak. Les habitants de ce pays partent tous, toutes confessions confondues, sunnites, chiites, et chrétiens qui, eux aussi, se trouvent plongés dans cette mêlée de violence.
Mais n’y a-t-il pas également un grave problème de banditisme ?
C’est certain. À la suite de la disparition de l’État est apparu un véritable phénomène de banditisme avec des enlèvements et des demandes de rançon. Pour des prêtres, les Irakiens demandent jusqu’à 500 000 dollars ! Au nom du djihad et de la religion, des anciens militaires, désœuvrés, font un commerce de ces enlèvements. Ajoutez à cela des tendances de fanatisme musulman, avec la volonté de faire disparaître les chrétiens, dans les quartiers de Doura à Bagdad, mais aussi à Mossoul.
Les chrétiens sont donc visés parce qu’ils sont chrétiens…
Dans ce désordre généralisé, de vraies pulsions de fanatisme se déchaînent. Le martyre du père Rahid Gane et de ses compagnons diacres à Mossoul en est la preuve. Le dimanche 6 juin dernier, après la messe du soir, des fanatiques les ont fait sortir de leur voiture pour les assassiner froidement… parce qu’ils étaient chrétiens.
En Syrie, comment gérez-vous l’arrivée massive de ces chrétiens réfugiés ?
Environ 80 % des réfugiés irakiens sont à Damas. Ils sont un million dans une ville qui compte quatre millions d’habitants. Ils ont besoin d’écoles, de logements, d’assistance sociale, de soutien médical, et bien sûr de quoi manger. Il faut savoir que tous les Irakiens, du temps de Saddam Hussein, disposaient d’une portion mensuelle de nourriture. Il est devenu urgent de leur apporter une assistance psychologique. L’Église leur vient en aide directement ou par le biais de la Caritas.
Comment voyez-vous leur avenir ?
Il est difficile de parler d’avenir quand le présent est si criant. Il est probable qu’une grande partie des Irakiens va repartir de Syrie. Certains iront dans le nord de l’Irak, dans le Kurdistan irakien où ils seront plus en sécurité, d’autres encore réussiront à partir en Occident, comme ces filles qui, tous les jours de la semaine, se marient dans la paroisse chaldéenne de Damas avec des garçons venus d’Amérique ou d’ailleurs et qui les emmènent ensuite chez eux. Seuls 15 % peut-être resteront.
Pensez-vous que les chrétiens vont disparaître du Proche-Orient ?
Non, je n’envisage pas leur fin. Mais si celle-ci devait advenir, ce serait un traumatisme très grand pour cette région du monde, pour l’Église universelle et aussi pour l’Islam qui ne trouverait plus en eux une altérité nécessaire.