- Le Darfour fait régulièrement la Une de l’actualité internationale. Comment comprendre les événements en cours dans cette région du Soudan ?
La situation est complexe. Le Darfour, qui est presqu’aussi étendu que la France, comporte près de sept millions d’habitants. Les Arabes, qui possèdent les troupeaux, souhaiteraient reprendre les terres aux populations africaines. De plus, le gouvernement central veut que l’ensemble du Soudan devienne arabe et musulman. Son ambition est de "faire sauter le verrou" du Sud Soudan de façon à arabiser et à islamiser l’Est de l’Afrique.
Par ailleurs, de nombreux officiers soudanais sont originaires du Darfour. Il a donc été difficile de les envoyer en mission contre les populations de cette région. Des milices arabes ont été armées dans ce but. Le bilan est désastreux : depuis 2003, les Nations Unies dénombrent plus de 200 000 morts et au moins deux millions de déplacés.
Les populations sont prises en tenaille entre l’armée et les milices arabes. Lorsqu’elles sortent des camps où elles sont entassées, elles risquent d’être tuées ou violées. Elles manquent de ravitaillement. Les rebelles reprennent de très nombreux véhicules à l’Union africaine (U.A.) et aux organisations humanitaires. Beaucoup de celles-ci ont été obligées de quitter le pays.
Comment expliquer le manque de consensus international ?
La Chine a beaucoup investi au Soudan, notamment par le biais des compagnies pétrolières. Et elle achète 65% du pétrole soudanais. La Chine est toujours prête à mettre son veto à toute sanction des instances internationales. Par ailleurs, la Russie fournit des armes au Soudan. Elle n’a aucun intérêt à ce que le sujet vienne sur la table.
Selon vous, quelle peut être l’issue possible ?
Ce ne sera pas évident. Même s’il a été désavoué par l’Union africaine, le président soudanais, le général Bachir, est soutenu par la ligue arabe et les forces islamistes. Il ne tolère aucune ingérence extérieure. Les États-Unis voudraient faire voter des sanctions supplémentaires. Cela ne servirait à rien : Chine et Russie n’en tiendraient pas compte. Certains suggèrent le boycott des Jeux Olympiques de Pékin. Je ne suis pas certain de l’efficacité d’une telle mesure.
Quel rôle peut jouer l’Église au Soudan ?
Le pape Jean Paul II s’intéressait beaucoup à la cause soudanaise. Il s’est rendu dans ce pays en février 1993. La béatification puis la canonisation de Joséphine Bakhita, jeune soudanaise, ont été l’occasion d’alerter l’opinion publique sur les souffrances de ce pays. Par ailleurs, l’actuel archevêque de Khartoum, le cardinal Gabriel Zubeir Wako, est un homme très courageux. À Noël 2006, il a publié un message très dur vis-à-vis du gouvernement (cf. encadré) auquel ce dernier n’a même pas daigné réagir. Actuellement, l’archevêque de Khartoum aurait besoin d’aide pour la scolarisation des enfants des populations déplacées, très nombreuses, qui vivent autour de la capitale. Il espère ainsi progressivement constituer une élite chrétienne, qui accédera aux postes-clés dans la société et pourra œuvrer efficacement en faveur de la paix du pays et de sa prospérité.