Certains professeurs ont particulièrement marqué ma scolarité, mais aucun autant qu’un de mes professeurs de français. La rumeur disait qu’il était communiste acharné, une espèce plutôt rare dans la campagne champenoise pouilleuse. Il avait le total look à la Robert Hue - chapeau, barbe, pipe et... bedaine. Il serait probablement effaré d’apprendre qu’il a joué un rôle déterminant dans mon passage de la foi protestante à la foi catholique. Et vu mes résultats de l’époque, il serait également étonné que je continue à écrire...
Chaque semaine nous devions faire un exposé sur un fait divers marquant. Je n’avais pas la télévision à la maison, je n’étais pas très fort en faits divers, alors j’ai préparé un exposé à partir d’un article de Science et Vie, sur l’incapacité de la science à prédire le comportement de certains systèmes chaotiques (pour ceux que cela intéresserait). À la fin de l’exposé, mon professeur s’est étonné que je n’aie pas profité du sujet pour faire du prosélytisme.
Semaine après semaine, au fil de nos présentations, il nous interrogeait sur le sujet choisi, sur le comment et le pourquoi. Nous bafouillions des il paraît que… ou ils disent que…. L’homme nous impressionnait tous. Et l’enseignant rétorquait, d’un ton agacé : « Qui paraît ? C’est qui, ils ? Qu’est-ce que vous en savez vraiment ? Quelles sont vos sources ? » En réalité, il essayait (héroïquement !) de nous apprendre à réfléchir par nous-mêmes, à vérifier les fondements de nos croyances, à remettre en question nos présuppositions et nos préjugés.
Trois ans plus tard, j’ai mis en pratique ce qu’il m’avait appris. J’ai remis en cause mes certitudes contre les catholiques, j’ai lu ce qu’avaient écrit
les premiers chrétiens, j’ai essayé de comprendre ce qu’enseignait réellement l’Église. J’ai communié en priant Dieu de me montrer s’il était présent dans l’Eucharistie… voyez un peu comment j’ai fini.
J’ai fait cet effort de réflexion sur ma foi. Non pas pour rejeter Celui en qui je croyais, mais pour avoir les bonnes raisons de croire en lui. J’avais reçu de mes parents une foi solide, mais ça ne me suffisait plus de croire mes parents sur parole. Je devais vérifier par moi-même, faire mienne ma foi.
L’adolescence est le moment d’apprendre à voler de ses propres ailes, de croire et de penser par soi-même. Jean Paul II disait : « La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. »
Le Bon Dieu ne nous demande pas de laisser nos cervelles à la maison quand on va à la messe, pas plus qu’on ne devrait laisser notre foi à l’Église quand on est en cours ou au travail. Être chrétien, ce n’est pas naître dans une culture ou une tradition chrétienne, c’est faire sien un engagement personnel. C’est avoir une relation personnelle avec Dieu.
On a l’habitude de dire que les jeunes sont l’Église de demain.
C’est faux. Vous êtes l’Église d’aujourd’hui.
L’Église a besoin de jeunes qui ont une tête solide et un cœur enflammé pour Dieu. Des jeunes qui ont déployé les deux ailes
de la foi et de la raison.