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Il t’appelle  > Hommage au cardinal Lustiger   Imprimer cette page

Petit-fils de rabbin, le cardinal Lustiger était devenu l’un des princes de l’Église, papabile en 2005 à la mort de Jean Paul II, son grand ami. Il s’est éteint à l’âge de 80 ans, le 5 août dernier, des suites d’un cancer.

[04/09/2007]

Né le 17 septembre 1926 à l’hôpital Rotschild de Paris, de parents polonais tenant un magasin de bonneterie rue Simart (XVIIIe arrondissement), Aaron Lustiger grandit à Montmartre. En 1939, lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale, les Lustiger mettent leurs enfants, Aaron et Arlette, à l’abri, à Orléans. C’est en la cathédrale de cette ville, le vendredi saint de 1940, qu’il est touché par la grâce à l’âge de 14 ans. Baptisé le 25 août, Aaron devient Jean-Marie. Arrêtée sur dénonciation, sa mère est déportée en 1942 à Auschwitz dont elle ne reviendra pas, comme 30 à 40 personnes de sa famille paternelle. De ce drame, il refuse de parler. "C’est le secret de mes parents et le mien", a-t-il confié un jour.

L’homme de Dieu

À la Libération, Jean-Marie Lustiger entreprend des études de lettres à la Sorbonne avant d’entrer au séminaire des Carmes, rue de Vaugirard où il est ordonné prêtre la nuit de Pâques 1954. Aumônier des étudiants à la Sorbonne pendant quinze ans, il sillonne le quartier Latin à vélomoteur avant de se voir confier la paroisse de Sainte-Jeanne-de-Chantal (XVIe). En décembre 1979, Jean Paul II le nomme évêque du diocèse d’Orléans. « Pour moi, ce fut comme si tout à coup les crucifix s’étaient mis à porter l’étoile jaune », déclarera-t-il. Nommé archevêque de Paris le 31 janvier 1981, il succède au cardinal Marty comme archevêque de Paris et comme Ordinaire des catholiques de rite oriental en France. Il est créé cardinal – selon le terme consacré – à Rome le 2 février 1983. Doué d’un fort esprit d’initiative, le cardinal a su imprimer sa marque au diocèse de Paris, mettant notamment l’accent sur la formation des prêtres, en installant huit communautés de séminaristes dans les paroisses proches de Notre-Dame, mais aussi sur celle des laïcs en créant l’École-cathédrale. Grand intellectuel, il est élu à l’Académie française le 15 juin 1995, succédant au cardinal Albert Decourtray (4e fauteuil). Il était aussi l’un des cardinaux qui comptait au Vatican où il siégeait dans une demi-douzaine de congrégations. En 2002, sort « La Promesse », l’ouvrage qui semble être son testament spirituel, une grande méditation sur le mystère d’Israël. Il y apparaît de manière forte à quel point ses origines ont orienté le parcours atypique de cet homme, héritier de l’Ancien et du Nouveau Testament. « Cet homme est resté fidèle à son appartenance juive. Il n’a pas cessé d’être juif. Sa conversion est pour lui un accomplissement », explique Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes.

Les dernières années

Après 24 ans dans sa charge, Jean-Marie Lustiger cède sa place en 2005 à Mgr André Vingt-Trois. Il s’installe alors dans la maison de retraite des prêtres de Paris, avant d’être admis en avril 2006 à la maison médicale Jeanne-Garnier, un établissement parisien de soins palliatifs. L’archevêque émérite de Paris fait son adieu à l’Académie, le 31 mai dernier à l’occasion de l’élection de Max Gallo.

Venu en chaise roulante, il a, par ses mots et sa présence fragile mais déterminée, fait vivre à la Coupole un des moments les plus forts de son histoire, laissant les académiciens sans voix. Il leur déclara : « Je ne suis pas venu pour vous retrouver, je suis venu pour vous quitter. Vous ne me reverrez pas. J’en suis triste, mais je sais que je ne cesserai pas de penser à vous. Ici, je n’ai pas été très assidu, mais là où je serai, je vous donne l’assurance de mes prières, ici et ailleurs. Quand je dis adieu, je dis à Dieu, à vous, à tous. »

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