Dès le premier air, on est dans le bain. « Je hais mon sort, même si j’ai tort, je ne veux pas être ton pion. » Avec ce personnage, pour sûr, on chante en eaux profondes. Le conte biblique revient en mémoire au fil des scènes du spectacle. Le départ pour Tarsis pour fuir la mission confiée par Dieu. La tempête pendant la traversée qui oblige les matelots à jeter l’infortuné passager à la mer pour calmer les flots. Une baleine avale Jonas et le sauve, en le portant au creux de ses entrailles jusqu’au rivage de Ninive. Recueilli par une caravane de Bédouins, Jonas endosse sa mission et entre dans la ville pour prêcher sa destruction prochaine. Contre toute attente, la cité fait amende honorable. Caboche, Jonas refuse de se laisser attendrir. On se laisse volontiers bercer par l’histoire rocambolesque du plus têtu des personnages bibliques dont la mission faillit finir en queue de poisson. Hormis les faiblesses du livret aux rimes délavées, la production éclabousse de talent, de poiscaille et de joie catéchuménale. La musique y a un effet régénérateur. Entre les rocks encanaillés qui déchirent comme des mâchoires de requins et les heureuses berceuses qui font plonger dans un bain de tendresse, le spectacle joue à fond le jeu de la comédie musicale. Chorégraphie branchée, voix professionnelles, artistes complets, costumes brillants
– chut ! on ne dira rien de la baleine, mais rien que pour elle, il faut se déplacer… – cette comédie par immersion sort franchement du lot. « De la fosse tu as tiré ma vie aux enfers engloutie… » Des spectacles aussi ruisselants, on en redemande.
Magali Michel