La boulimie est un trouble du comportement alimentaire véritablement toxicomaniaque. En effet, le comportement des sujets boulimiques, par le caractère intolérable du manque ressenti, s’apparente à celui des alcooliques ou des consommateurs de drogues dures. Les Anglo-saxons ont regroupé ces conduites de dépendance sous le terme de conduites d’addiction. La fréquence des crises peut varier d’un ou deux accès par semaine à plus de quinze par jour. « Quelquefois, j’ai des crises plusieurs fois par jour, relate Élodie, 18 ans, boulimique depuis plusieurs mois. Je me goinfre, j’avale tout ce que je trouve, je vomis et puis je recommence. Je n’arrive pas à faire autrement. La boulimie concerne majoritairement des sujets féminins et débute plus tardi-vement que l’anorexie. Elle
commence bien souvent à la fin de l’adolescence et des études secondaires, vers 18-20 ans.
Amour et dépendance
Tout au long de son développement, l’enfant puis plus tard l’adulte, garde enfoui en lui, la trace d’une très forte histoire d’amour et de dépendance qui s’est établie entre celle (le plus souvent la mère) qui l’a nourri et s’est occupé de lui. Ce premier lien s’est tissé tout d’abord à travers la nourriture (le sein maternel). C’est pourquoi, au moment de l’adolescence et de la nécessaire accession à l’autonomie, nombre de conflits sont liés à l’absorption de nourriture, cette dernière cristallisant la dépendance à l’égard de la mère et plus largement aux parents nourriciers. Ma mère me trouve trop grosse, explique Anaëlle, 17 ans, elle n’arrête pas de me dire de faire un régime. Elle me prend la tête avec ça. Alors je n’arrête pas de manger. Parfois, je me relève même la nuit pour m’empiffrer. Quand elle s’en aperçoit, c’est terrible.
L’insoutenable abîme du manque
Accéder à l’autonomie et devenir sujet à part entière n’est pas toujours réalisable sans souffrance et sans heurt. Se séparer psychiquement de ceux que l’on aime peut entraîner un sentiment de vide effroyable et une terrible angoisse si l’assurance interne n’est pas suffisante. L’incorporation massive de nourriture chez l’adolescent boulimique s’inscrit alors comme une tentative pour combler ce manque insupportable. Le jeune cherche inconsciemment à replonger dans un état de totale complétude et d’abandon, qui lui rappelle sa relation primordiale et sécurisante à la figure maternelle. Bien souvent, une anxiété chronique, une intolérance à la solitude et des épisodes dépressifs sont associés à la boulimie. La vigilance
s’impose donc. Un traitement médicamenteux peut se révéler utile en cas de dépression, associé à une psychothérapie. Une approche nutritionnelle et diététique est indispensable également, afin de permettre à l’adolescent de rééquilibrer peu à peu son alimentation.