Le piercing est défini par l’introduction d’un objet dans des ouvertures apportées à certaines parties du corps (sourcil, lèvre, langue, nez…). Son origine est tribale. En effet, dans de nombreuses sociétés primitives, le tatouage, les scarifications ou les bijoux corporels outre leur finalité esthétique, sont liés à des rites de passage et inscrivent l’individu dans un groupe d’appartenance. En occident, ces pratiques sont en vogue depuis l’apparition des punks dans les années 1980. Prônant l’irrespect comme attitude, ils s’opposent à la société en affichant une apparence repoussante très travaillée. Outre leurs coiffures en crête, ils réinventent
le piercing, exhibant des épingles à nourrice et des anneaux portés dans le nez, au sourcil et sur les lèvres. Rapidement ce "corps transgressif" fait fureur dans les milieux artistiques. Les stars, comme Madonna, se l’approprient et le transforment en phénomène branché. Quelques années plus tard, le piercing descend dans la rue.
Ma marque à moi
Pour Xavier Pommereau, psychiatre, le piercing est avant tout un moyen pour l’adolescent de s’approprier son corps au moment où les transformations pubertaires et la quête identitaire sont source d’angoisse. Il permettrait donc "de s’emparer de son corps en le différenciant, de lui donner une identité singulière et de satisfaire un besoin d’appartenance à un corps constitué". Jean-Thomas, 17 ans, envisage de se faire mettre un anneau à l’arcade sourcilière. "C’est pour me donner un style particulier et être accepté par les autres", précise-t-il. "Si on n’est pas percé, on est hors du groupe et ça craint".
Le sociologue David Le Breton voit dans le piercing une façon d’exprimer son identité mais aussi une nouvelle forme de séduction. "Pour moi, c’est une façon originale de porter un bijou", relate Sophie, 16 ans. "Quand c’est discret, je trouve ça très beau au nez ou au nombril."
Le corps en scène
D’autres spécialistes, comme la philosophe Michela Marzano, pensent que notre société occidentale entretient un rapport au corps particulier. Au nom du principe de l’autonomie individuelle, chacun peut faire de son corps ce qu’il désire et l’instrumentaliser pour obtenir amour, succès, plaisir… "Moi, je n’apprécie pas cette mode", explique Mélodie, 20 ans. « Marquer son corps c’est le prendre pour un objet. Mon corps est lié à mon être, si je me perçais, j’aurais l’impression d’attaquer ma personne tout entière. »
Il semble essentiel aujourd’hui de s’interroger sur notre rapport au corps. Est-il un simple objet
à notre service ou bien favorise-t-il l’expression de notre être dans sa pluralité ? La réflexion s’impose car instrumentaliser son corps, n’est-ce pas chosifier son être et perdre ainsi
toute liberté ?