Le manga est très ancré dans la culture japonaise et paraît être le dernier avatar d’une longue évolution picturale au pays du soleil levant. En 1814, le peintre Katsushika Hokusai invente le terme manga en accolant deux caractères chinois (man et ga) signifiant littéralement image dérisoire. Au début du XXe siècle, le manga prend la forme d’une bande dessinée et devient un phénomène de masse. Après la deuxième guerre mondiale, l’émergence de la culture américaine et la découverte des comics trips (BD humoristiques) influencent largement les auteurs de mangas appelés mangakas. L’un deux, Tezuka Osanu, passionné par Walt Disney, donnera naissance au manga moderne.
Apparu en France dans la revue
Le crie qui tue, le manga a pris son essor dans les années 1990 avec les premières publications de Jacques Glénat (Akira et Dragon Ball). À la télévision Dragon Ball Z, le dessin japonais emblématique du Club Dorothée remporte un succès fabuleux. Le manga est totalement différent d’une BD classique, précise Hugo 16 ans. Il est le plus souvent en noir et blanc, se lit de droite à gauche et possède un nombre de planches très important. Je m’intéresse essentiellement aux mangas d’aventure et de science fiction. J’apprécie les dessins très travaillés et les scénarios. Les genres de mangas sont divers et variés mais dans les pays francophones, seules trois catégories sont couramment publiées : les shôjo s’adressent aux adolescentes, les shônen aux adolescents et les seinen concernent les adultes.
Entre littérature et cinéma
Les mangas comportent peu de décors et le graphisme général insiste sur le mouvement, reprenant pour ce faire les cadrages du cinéma. Les personnages possèdent des yeux démesurément grands à l’expressivité majorée. Les attitudes et sentiments des personnages comme la colère ou la jalousie sont exacerbées. Les découpages variables et les chevauchements d’images favorisent une atmosphère de confusion voire de violence. Il y a de l’action et ça se voit, précise Damien 18 ans. C’est comme au cinéma. J’aime particulièrement les scènes de combats où l’on découvre les arts martiaux.
Génération de l’image
La plupart des adolescents d’aujourd’hui, nourris par les séries TV et les jeux vidéo, accrochent avec le manga parce qu’il fait partie de leur culture, marquée par l’omnipotence de l’image. Mais tous ne sont pas séduits. Les mangas ne m’attirent pas, relate Mathilde, 21 ans, « alors que j’apprécie certaines BD classiques pour la richesse du texte, la profondeur de l’intrigue et la beauté des dessins ». La littérature, à travers la puissance des mots et leur diversité, nourrit notre imaginaire et favorise une réelle création. La culture de l’image nous impose sa vision des choses et nous rend plus passif. Pour que la découverte des mangas se révèle une aventure culturelle non réductrice mais enrichissante, il paraît essentiel qu’elle s’inscrive au coeur d’une culture littéraire plus large.