François de Sales le définissait comme une "espèce d’enfer quant à la douleur" mais "un paradis quant à la douceur".
Qu’est-ce que le purgatoire ?
À la mort de chaque homme, c’est-à-dire au moment où son âme se sépare de son corps, a lieu un jugement, qu’on appelle le jugement particulier : l’âme, se voit à cet instant telle qu’elle est sous le regard de Dieu, avec sa foi et ses œuvres, ses mérites et ses démérites. Elle peut alors, si elle est établie parfaitement dans l’amour de Dieu, entrer immédiatement dans la béatitude du ciel (ce que Dieu a désiré pour nous en nous créant) ou alors s’enfermer dans le refus de la conversion et de la miséricorde de Dieu et se damner éternellement. Il est cependant possible que, bien qu’étant dans l’amitié de Dieu, elle porte encore en elle des traces du péché (attachements malsains aux créatures, péchés véniels…). Elle a alors besoin d’être purifiée, comme on ôte les traces de rouille sur un métal. Dans sa miséricorde, Dieu donne cette possibilité de vivre cette purification après la mort dans le feu de son amour. C’est ce que l’on appelle le purgatoire, prélude à la joie du ciel.
Est-ce un lieu ou un état ?
S’agissant d’âmes spirituelles, on parlera plutôt d’état, celui d’âmes qui à la fois sont heureuses, parce qu’elles sont sûres d’aller au ciel, et qui en même temps souffrent terriblement, notamment à cause de la privation de la vision de Dieu dont elles ont maintenant un très grand désir. François de Sales disait ainsi du purgatoire qu’il était une « espèce d’enfer quant à la douleur » mais « un paradis quant à la douceur ».
Qui va au purgatoire ?
Selon saint Jean de la Croix, rares sont ceux qui y échappent parce que nous ne profitons pas assez des occasions de purification active et passive que Dieu nous propose pour faire notre purgatoire d’amour sur la terre. Cependant, normalement, chacun d’entre nous devrait aller directement au ciel le jour de sa mort. La petite Thérèse était convaincue que les petites âmes qui mettent toute leur confiance dans la miséricorde du Père peuvent échapper au purgatoire. Pour elle, le Bon Dieu n’a en effet aucune joie de voir ses enfants endurer une souffrance inutile qui ne leur permet plus de grandir dans l’amour. Il faut donc lui faire plaisir en désirant ardemment aller tout droit au ciel, en comptant pour cela sur son amour miséricordieux.
Pourquoi prier pour les âmes du purgatoire ?
Parce que nous avons un devoir de charité envers tous les défunts qui sont encore dans cet état douloureux de purification, véritable prison de feu. Les âmes de ceux qui nous ont quittés comptent sur nous et souffrent de voir que nous les oublions. Dieu Lui-même, qui aime ces âmes et souhaiterait abréger leurs souffrances, ne veut pas les délivrer sans passer par nous qui sommes encore sur la terre. En priant pour nos défunts, nous faisons donc non seulement le bonheur de nos frères de l’Église souffrante, mais nous donnons de la joie au Bon Dieu. Cette pratique est d’ailleurs très ancienne. Quelqu’un a dit : « Les païens priaient les morts alors que les chrétiens prient pour les morts. » C’est de fait historiquement la prière pour les morts qui a été la première manifestation visible, dès les premiers siècles de l’Église et même dès l’Ancien Testament, de la croyance dans la possibilité de solder ses dettes dans l’au-delà.
Peut-on donc faire quelque chose pour les âmes du purgatoire ?
Oui, bien sûr. Nous pouvons comme on l’a dit prier pour elles, mais aussi offrir de petits sacrifices ou des actes d’amour, des aumônes, etc. Un moyen privilégié est de faire offrir le sacrifice de la messe, voire des neuvaines ou des trentains de messes à leur intention. À défaut, le baptisé peut aussi, lorsqu’il participe à l’Eucharistie, appliquer la vertu du sang de Jésus à l’âme d’un défunt, en vertu de son sacerdoce royal. Il peut aussi offrir des indulgences. L’Église peut en effet, en vertu du pouvoir des clés (voir encadré), décider de reverser sous certaines conditions les mérites surabondants de l’Église du ciel sur l’Église militante de la terre et sur l’Église souffrante du purgatoire. Cette grâce de l’indulgence plénière, sorte de passeport pour le ciel, est destinée certes d’abord aux pécheurs confessés et repentants, mais l’Église permet aux fidèles qui l’auraient obtenue pour eux-mêmes d’appliquer les autres indulgences qui pourraient leur être accordées à des défunts.
Les âmes du purgatoire peuvent-elles faire quelque chose pour nous ?
Oui, il semble, aux dires du Catéchisme de l’Église catholique (paragraphe 958) et d’une partie de la Tradition que notre prière permet aux âmes du purgatoire de prier pour nous. Et il est sûr par ailleurs qu’une fois arrivées au ciel, elles feront tout pour nous aider à les y rejoindre !
Qu’est-ce que peut signifier « gagner des ‘jours’ de purgatoire » ?
Nos catégories d’espace et de temps doivent évidemment être repensées quand on parle de la vie éternelle. Notre vie présente est marquée par le temps qui ne cesse de s’écouler ; l’éternité de Dieu au contraire est un perpétuel présent sans passé ni futur. Les âmes séparées sont quant à elles dans une situation intermédiaire entre le temps et l’éternité. Elles se fixent lors du dernier acte libre posé sitôt après la mort dans le bien ou le mal et en ce sens ne changent plus. Cependant, elles connaissent une sorte de temps, différent de notre temps solaire, qui mesure la succession de leurs pensées et de leurs sentiments. Ceci apparaît particulièrement dans le cas du purgatoire. Les âmes y sont fixées définitivement dans le bien mais elles doivent subir une purification dont la durée correspond à la profondeur des cicatrices laissées par le péché, c’est-à-dire l’attachement désordonné aux créatures. Les représentations du passé comme celles que vous citez expriment quelque chose de cette supra-temporalité du purgatoire, mais elles ne doivent évidemment pas être prises au pied de la lettre. Ce qu’il s’agit de comprendre, c’est que nous pouvons abréger ce temps de purification pour nous et pour nos frères défunts en profitant des moyens de grâce que l’Église nous propose. Encore une fois cependant, il ne s’agit pas tant de comptabiliser des droits vis-à-vis du ciel que de faire plaisir au Bon Dieu par notre confiance en sa miséricorde.