Comme la plupart d’entre nous, je connaissais des personnes célibataires mais je n’avais pas du tout saisi l’ampleur et la profondeur du phénomène », reconnaît-il sans ambages. Depuis, le célibat ne l’a plus quitté et c’est aujourd’hui dans toute la France que le père Luc accompagne des centaines de solos cathos ou en recherche. La tâche est immense et la cause encore trop peu entendue. Ce prêtre dans la force de l’âge a pris la question à bras-le-corps. L’un de ses soucis majeurs : sensibiliser à cette question cruciale les laïcs mais aussi les prêtres, les évêques et l’Église tout entière. Pour y parvenir, son dynamisme semble inépuisable. Avec le soutien logistique de petites équipes dont il sait s’entourer, les initiatives se multiplient tout au long de l’année : conférences, week-ends, etc. Et l’été n’est pas toujours synonyme de répit. C’est ainsi qu’en août dernier, le Jubilé de l’Amour a poussé de très nombreuses personnes seules sur les routes d’Assise à Rome. Rome, où le père Luc n’hésite pas à aller plaider la cause en haut lieu avec pour seules armes son franc sourire, son regard d’un bleu pétillant et sa détermination sans faille. C’est que le célibat est l’affaire de tous et déborde de beaucoup le seul monde catholique. « Il n’y a qu’à consulter le site de l’Insee, au mois de janvier chaque année, pour se rendre compte de la progression constante des solos –célibataires, veufs, veuves, divorcés, etc. »
Un célibat d’attente
Aussi parlantes soient-elles, ces statistiques ne diront cependant jamais rien sur le mal-être généré par cette situation chez la plupart de ceux qui sont directement concernés. « Il nous faut saisir et rejoindre les sentiments d’une personne qui, sans l’avoir choisi, est toujours seule à 35, 40 ou 45 ans », note avec délicatesse le Père Luc, habité par les milliers de confidences reçues depuis plus de dix ans. Mais si l’heure est toujours à la compassion, rien ne sert de s’appesantir et encore moins de larmoyer. Ce n’est d’ailleurs pas le style de ce prêtre énergique qui ne croit pas à la fatalité et n’hésite jamais à aborder devant ses publics le thème souvent dérangeant de l’engagement.
À l’expression célibat non choisi, il préfère de loin le célibat d’attente. « L’attente, entendue non comme une passivité, précise-t-il, mais plutôt comme une espérance. Une espérance fondée sur l’assurance que Dieu, jamais, ne nous abandonnera. » Mais que faire de cette attente lorsqu’elle semble vouloir se prolonger indéfiniment et que la saison de l’amour ne vient toujours pas ? Comment transformer chaque jour cette attente en une véritable école du don de soi ?
C’est l’un des défis permanents lancés aux célibataires, qu’il s’agit d’accompagner. Le père Luc en est persuadé. Les temps forts, très utiles pour sensibiliser l’opinion, faire évoluer les mentalités et susciter le dépassement de soi chez les participants ne suffisent pas. Ils ne seront jamais que des feux de paille s’ils ne sont pas suivis par des rencontres régulières, où des amitiés se nouent au fil de l’année et où chacun accepte peu à peu d’avancer malgré tout dans la confiance. Toute une pastorale est à imaginer… Une chose est sûre : le combat d’avant-garde du père Luc a encore de beaux jours devant lui !