Comment définir le charisme du fondateur de Notre-Dame de Vie ?
Il est à découvrir à travers les multiples facettes de son enseignement, qui est très riche. Je veux voir Dieu est une véritable somme de vie spirituelle, mais il existe également de nombreux enregistrements dont la publication a commencé. Parmi les aspects essentiels de son charisme, il faut noter la place centrale accordée à l’Esprit Saint. Il se situe bien dans la tradition du Carmel qui, à l’imitation du prophète Élie, oriente constamment vers la docilité à l’Esprit Saint. Il s’agit donc de chercher à s’ajuster à Dieu tant dans la contemplation que dans l’action. Une telle docilité suppose une expérience personnelle de l’Esprit Saint. Le père Marie-Eugène éclaire ce chemin difficile.
Que peut-on dire des relations du père Marie-Eugène avec l’Esprit Saint ?
Il y aurait tellement à dire ! Citons, entre autres, cette confidence qu’il fit trois mois avant sa mort à la cofondatrice, Marie Pila, sur les débuts de sa vie religieuse, alors qu’il était novice au carmel d’Avon. "L’année du noviciat fut l’année des fiançailles, des manifestations de l’Esprit Saint. Tout un jeu de flammes, de feu. Et je racontais tout à mon Père-Maître qui n’y comprenait rien. Quand je lui ai parlé d’une mission de Dieu, il m’a répondu : Soyez un bon religieux. Moi, j’étais fou d’amour. Je ne voulais que de l’amour. Je ne demandais que de l’amour."
Il a vécu une effusion de l’Esprit ?
Tout dépend ce que l’on entend par là. Toute grâce de Dieu est effusion de l’Esprit Saint. Mais, en cette occasion et en bien d’autres au cours de sa vie, on peut le dire en effet. Il qualifiera plus tard son expérience du noviciat de « Pentecôte vécue » et avouera que toute sa vie a été basée sur la connaissance de l’Esprit. C’est vraiment sa personnalité de grâce.
Vous faites un rapprochement entre les quarante années du Renouveau charismatique et le quarantième anniversaire de la naissance au Ciel du père Marie-Eugène (27 mars 1967), pourquoi ?
Le 12 janvier 1967, sur son lit de mort, le père Marie-Eugène a comme prophétisé : « Après ma mort, l’Esprit Saint éclatera avec une puissance extraordinaire. » Je suis maintenant convaincu que cette prophétie ne concernait pas seulement sa fondation, mais la vie de l’Église. En effet, en février 1967 apparaît aux États-Unis le Renouveau charismatique catholique ; auparavant les textes du Concile avaient déjà redonné toute sa place à l’Esprit. Et voici que de manière inattendue surgissent des groupes de prière et des communautés nouvelles. Leurs membres, bouleversés par l’expérience de l’effusion de l’Esprit, désirent vivre leur baptême jusqu’à la sainteté et exercer les charismes pour le bien de l’Église. Cette dynamique est en réalité un formidable appel d’air en direction de la vie mystique, autrement dit une vie chrétienne effectivement conduite par l’Esprit.
Je pense que le père Marie-Eugène est un des maîtres spirituels de cette grâce ecclésiale de Pentecôte.
Comment articuler vie mystique et vie charismatique ?
La vie charismatique n’est pas un tout en soi. Elle ne prend sa véritable signification qu’en étant reliée à la vie de foi, d’espérance et de charité qui constitue le cœur de la vie chrétienne. Le père Marie-Eugène montre ce lien et développe en outre le rôle essentiel des dons du Saint-Esprit pour la croissance spirituelle. L’un des enjeux théologiques et pastoraux pour le Renouveau est de situer clairement la vie charismatique en dépendance de la vie théologale.
Et concernant l’expérience spirituelle, que peut-il nous apporter, aujourd’hui ?
Dans le Renouveau, il arrive que l’on parle « d’expérience de l’Esprit Saint » sans un discernement suffisant. Le père Marie-Eugène propose un certain nombre de critères extrêmement éclairants. Il écrit par exemple : "On a tendance à identifier vie mystique et expérience mystique, action de Dieu par les dons du Saint-Esprit et expérience de cette action comme si elles étaient inséparables. Cette confusion est la source d’erreurs pratiques importantes. Il est évident en effet que l’action de Dieu par les dons est nettement distincte de l’expérience que nous pouvons en avoir, si bien que la première peut exister sans la seconde." Principe lumineux. Ainsi, quand Dieu nous dispense une grâce, "on expérimente ni Dieu ni son action, mais seulement les vibrations produites par cette action divine" (Je veux voir Dieu, page 314 et s.). Autre exemple. Dans la ligne de la tradition carmélitaine, le père Marie-Eugène insiste sur le fait qu’une authentique expérience de Dieu peut s’accompagner d’une grande sécheresse intérieure, d’un sentiment de profonde pauvreté, voire d’épaisse obscurité. Les figures d’une Thérèse de l’Enfant-Jésus ou d’une Mère Teresa montrent la pertinence d’un tel enseignement. Aujourd’hui, le père Marie-Eugène apparaît comme un homme de discernement, qualité plus nécessaire que jamais !