Bible: migrants à l’appel de Dieu

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La Bible recèle des paroles fortes sur le thème de la migration. Celle-ci constitue comme un fil rouge ou peut-être même une épine dorsale du texte biblique.

Par le père Dominique Janthial
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Prêtre du diocèse de Malines-Bruxelles et membre de la Communauté de l’Emmanuel, Dominique Janthial enseigne l’Écriture sainte et l’anthropologie. Il est entre autres l’auteur de Devenir enfin soi-même à la suite des grands hommes du Premier Testament (illustrations d’Ixène, Éditions Emmanuel, 2017).

Le récit des origines
Les premières pages de la Bible contiennent deux récits distincts et complémentaires concernant les origines du monde et de l’humanité. Marqués par un style et un vocabulaire différents, ces deux récits reflètent également les aires géographiques dans lesquelles ils ont été produits. Dans le premier récit, l’eau est omniprésente et le rôle du créateur consiste à lui fixer des limites, séparant d’abord avec le firmament les eaux d’en-haut des eaux d’en-bas, puis rassemblant les eaux qui sont « au-dessous des cieux, en un seul lieu pour qu’apparaisse la terre sèche » (Gn 1,9). La situation décrite a sans doute comme arrière-fond géographique la basse Mésopotamie, là où finissent par se rejoindre les deux fleuves géants que sont le Tigre et l’Euphrate et où seule la décrue peut permettre de cultiver les champs inondés à la fin de l’hiver.
Dans le second récit, en revanche, ce n’est pas l’abondance d’eau mais sa pénurie qui prélude à l’action divine : « Lorsque YHWH Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs ne poussait encore, car YHWH Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol » (Gn 2,5). Le contexte géographique représente davantage la Palestine où toute l’agriculture est tributaire de pluies qui peuvent se faire attendre.
À travers ces deux arrière-fonds géographiques différents, nous touchons d’emblée à l’identité profondément nomade du peuple qui a produit la Bible : entre Égypte, Palestine et Mésopotamie, c’est bien un immense territoire qui sert de cadre à l’histoire sainte car le peuple de l’Alliance a été dès son origine un peuple de migrants. D’ailleurs, les récits des origines présentent la condition de migrant comme l’état de nature de l’humanité après le péché puisqu’ils aboutissent à cette sentence adressée par YHWH à Caïn, le fils d’Adam et Ève : « Tu seras errant et vagabond sur la terre » (Gn 4,12).
S’adressant à ce tout premier homme qui n’a pas connu le jardin originel, YHWH lui décrit ainsi comme une migration la condition humaine qui est la sienne après le péché. L’accès au jardin et à l’arbre de vie est en effet gardé à l’Est par deux Kérubim brandissant l’épée de feu : YHWH en a ainsi disposé pour éviter que l’homme n’emprunte à nouveau le court-circuit du « prendre et manger », c’est-à-dire qu’il ne cède à la convoitise. Par conséquent, l’accès à la vie sera certes possible, mais moyennant un cheminement où, consentant peu à peu à la limite et au dépouillement, l’homme renoncera pour de bon à la proposition du serpent d’avoir tout, tout de suite.
Le récit se poursuit alors en indiquant que Caïn « sortit » – sans doute sort-il à ce moment-là de la logique de péché dans laquelle il s’était enfermé – pour aller vivre à l’est d’Eden, au pays de Nod (c’est-à-dire au pays de l’errance). Mais auparavant, répondant à l’angoisse exprimée par Caïn (« Quiconque me verra, me tuera ! »), YHWH va le marquer d’un signe et protéger ce migrant par un commandement dissuasif : « Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois » (Gn 4,15). La protection divine accompagnera donc l’homme dans sa fragile condition de migrant, ce que le psalmiste célébrera avec enthousiasme : « YHWH est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer » (Ps 23,1).

Le droit du migrant dans la Bible
La protection que Dieu accorde au migrant n’est pas uniquement affaire de poésie, elle prend dans la Torah la forme très concrète d’un grand nombre de dispositions visant à faire du migrant un sujet de droits et de devoirs dans la société israélite. Ces dispositions légales concernent non pas l’étranger de passage mais bien l’étranger résident qui bien qu’ayant élu domicile au sein du peuple d’Israël ne jouit pas (ou pas encore car une intégration était possible) de la pleine “citoyenneté”, pour parler en des termes modernes et clairement anachroniques. Il s’agit donc bien du “migrant” avec un statut légal, ce qui suppose l’une ou l’autre forme d’acceptation de la part des autorités. Le mot hébreu ger distingue ce type de résident, de l’étranger en général qui se dit nekhar.
La Bible garde le souvenir que les peuples antiques, comme les nations modernes, se réservaient le droit d’accepter ou non les étrangers. Ainsi lorsque les fils d’Israël sous la houlette de Moïse se présentèrent aux frontières d’Edom, ils durent même requérir l’autorisation de parcourir le territoire. De Cadès, Moïse envoya un émissaire au roi d’Edom avec ce message : « Nous nous trouvons à Cadès, ville située à l’extrémité de ton territoire. Laisse-nous passer par ton pays. Nous ne traverserons ni les champs ni les vignes et nous ne boirons pas l’eau des puits. Nous suivrons la route royale, sans nous en écarter à droite ou à gauche, jusqu’à ce que nous ayons franchi ton territoire » (Nb 20,16-17). Le roi d’Edom leur refusera cependant cette autorisation.
En revanche, le texte de l’Exode rapporte que parmi les fils d’Israël se trouvaient dès la sortie d’Égypte de nombreux étrangers : « Une grande foule de gens de toutes sortes montèrent avec eux » (Ex 12,38). Ce sont ceux-là que la législation donnée au désert entend protéger. Et la première justification de cette protection est le fait que YHWH a un penchant pour ceux qui sont sans défense. Cela est dit clairement dans le livre du Deutéronome : « Il fait justice à l’orphelin et à la veuve, il aime le ger, lui donnant nourriture et vêtement » (Dt 10,18). L’orphelin, comme la veuve ou le résident étranger manque d’appui pour les défendre et pour pourvoir à leurs besoins essentiels ; c’est la raison pour laquelle Dieu penche de tout son poids dans la balance. Plus loin dans le Deutéronome une malédiction est prononcée à l’encontre de ceux qui ne font pas « justice au ger, à l’orphelin et à la veuve » (Dt 29,19a).
À plusieurs reprises, la législation d’Israël prend un tour très concret pour assurer le minimum vital aux résidents étrangers : « Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu ne moissonneras pas ton champ jusqu’aux bords et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans ta vigne et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu le laisseras au pauvre et à l’étranger. Je suis YHWH, votre Dieu » (Lv 19, 9-10). Cette générosité sociale envers l’étranger prend une forme encore plus étonnante : la Loi de Moïse les nomme parmi les ayants droit de la dîme dont tout israélite doit s’acquitter une fois tous les trois ans : « La troisième année, l’année de la dîme, lorsque tu auras fini de prélever toute la dîme de tes produits, tu la donneras au Lévite, au ger, à l’orphelin et à la veuve. Ainsi ils pourront manger et être rassasiés dans tes villes » (Dt 26,12). L’étranger résident est donc clairement intégré parmi les bénéficiaires de l’aide sociale prévue pour les catégories les plus défavorisées de la société israélite.
En outre, et contrairement à ce que l’on peut constater ailleurs dans le Moyen-Orient ancien (cf. code d’Hammourabi), les étrangers résidents sont tenus pour égaux en droit devant YHWH : « Il y aura une seule législation pour toute l’assemblée, pour vous et pour l’étranger en séjour parmi vous. Ce sera une prescription perpétuelle au fil des générations : devant YHWH, le ger sera traité comme vous » (Nb 15, 15-16). Mais le droit israélite va encore plus loin. Dans la section du livre des Lévites connu sous le nom de Loi de Sainteté et qui contient le fameux verset : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19,18), verset que Jésus choisira pour résumer toute la Loi, se trouve exprimé explicitement que ce prochain inclut l’étranger résident puisque quelques versets plus loin, nous trouvons : « Tu aimeras l’étranger qui réside parmi vous comme toi-même car vous avez été gerim dans le pays d’Égypte » (Lv 19, 34).
La justification donnée au commandement fait référence à la condition des fils d’Israël au pays d’Égypte où ils séjournèrent en étrangers résidents. C’est pourquoi les fils d’Israël doivent ni plus ni moins que s’identifier à l’étranger qui séjourne au milieu d’eux (« comme toi-même »). Et l’on retrouve cette identification au migrant dans ce que l’on a pu appeler le plus ancien “Credo”
d’Israël, c’est-à-dire la formule qui devait accompagner la présentation au temple des prémices : « Mon père était un Araméen errant » (Dt 26,5). Ce verset fait allusion à l’histoire des patriarches qui se trouve au livre de la Genèse. Cette histoire composée vraisemblablement bien après les dispositions légales concernant le migrant (ger) a contribué à ancrer le droit mosaïque dans une conscience historique nationale.

Les migrations des patriarches
Les cycles narratifs d’Abraham, d’Isaac, Jacob et Joseph que nous trouvons dans les chapitres 12 à 50 du livre de la Genèse décrivent ces figures emblématiques du peuple d’Israël comme étant tous des migrants plus ou moins volontaires. Emmené d’Our par ses parents, Abraham va subir une migration involontaire dès son jeune âge et, une fois entré en Canaan, il devra à nouveau s’exiler en raison de la famine. Isaac, fils d’Abraham est aussi victime de la famine et, même s’il demeure en Canaan, il pourrait être appelé un déplacé de l’intérieur. Le fils d’Isaac, Jacob doit fuir chez Laban et l’on pourrait l’appeler un demandeur d’asile chez son oncle Laban. Enfin Joseph, fils de Jacob est vendu par ses frères et l’on pourrait voir en lui une victime de la traite des personnes.
Bref, il est remarquable de constater que loin d’avoir un mythe originel où les glorieux ancêtres sont de prestigieux héros, Israël conserve de ses patriarches le souvenir d’hommes qui sont passés par cette condition si difficile que représente celle d’être étranger dans un pays qui n’est pas le sien. Lorsque Sarah meurt à Hébron, Abraham doit demander aux Hittites qui habitent le pays la permission de pouvoir acquérir un morceau de terre pour lui donner une digne sépulture : « Je suis un étranger et un résident temporaire parmi vous. Donnez-moi une propriété funéraire chez vous pour que j’enterre mon mort » (Gn 23, 4).
Le long récit du patriarche Joseph qui occupe les quatorze derniers chapitres du livre de la Genèse (37-50) aboutit à un renversement des rôles particulièrement significatif : les fils d’Israël avaient traité leur frère Joseph comme un étranger en le vendant à une caravane d’Amalécites ; à la fin du récit ils s’aperçoivent avec stupéfaction que celui qu’ils prenaient pour un étranger, Tsaphnath-Paenéach, grand vizir de Pharaon n’est autre que leur frère ! Cette histoire a de toute évidence une visée pédagogique pour tous les descendants de ces premiers fils d’Israël : derrière tout étranger peut se cacher un frère…
Parmi toutes les migrations des patriarches, il est aussi significatif de voir que la première de toutes va être entreprise à l’initiative de Dieu qui appelle Abraham à quitter son pays et la maison de son père (cf. Gn 12, 1). La migration que le père des croyants entreprend à l’appel de YHWH en se dirigeant vers l’ouest représente, à maints égards, une expérience réparatrice par rapport à l’expulsion du jardin qui s’était faite vers l’est : en allant vers le pays que Dieu lui montrera, Abraham, l’Hébreu (mot qui peut signifier « celui qui a passé une frontière », le migrant) renoue avec la vie en Alliance.
Depuis le péché originel, en effet, l’accès à notre véritable identité est rendu difficile par notre insertion au sein d’une société qui détermine de l’extérieur notre identité et cette détermination extérieure trouve son relais dans notre cœur à travers le désir de nous conformer. Nous sommes ainsi revêtus d’un vêtement que pour une bonne part nous avons cousu nous-mêmes : c’est notre moi construit ou ego. C’est pourquoi, le chemin vers le moi intérieur passe par la “désinstallation” par rapport à tout ce qui risque de nous définir de l’extérieur (« Ton pays, ta patrie et la maison de ton père ») et par l’acceptation que Dieu nous fasse voir des choses nouvelles que l’on ne connaissait pas (« Va vers la terre que je te ferai voir »).

Dieu migrant et la désinstallation prophétique
C’est ainsi qu’Abraham inaugure un style de vie qui sera clairement valorisé par les grands prophètes d’Israël et particulièrement Isaïe et Jérémie. Isaïe reçoit la charge paradoxale de provoquer l’endurcissement de ceux qui sont installés dans leurs certitudes et leurs manières de voir. Dieu lui ordonne : « Va dire à ce peuple : “Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne saurez pas.” Rends insensible le cœur de ce peuple, endurcis ses oreilles et ferme-lui les yeux pour qu’il ne voie pas de ses yeux, n’entende pas de ses oreilles, ne comprenne pas de son cœur, ne se convertisse pas et ne soit pas guéri » (Is 6,8-9). Or la sortie de cet endurcissement provoqué suppose une désinstallation totale : le terme en est fixé « lorsque les villes seront dévastées, sans installés, les maisons sans personne, la terre dévastée et désolée » (6, 11).
Dans les oracles qui occupent les chapitres 13 à 27 du livre, la désinstallation atteint progressivement une dimension cosmique. Non seulement Sion est exhortée à laisser séjourner chez elle les fils de Moab, pourtant ennemi héréditaire (16, 4) mais Dieu lui-même va montrer l’exemple de la désinstallation puisqu’il descend lui-même en Égypte (19, 1) ! Dieu lui-même se fait migrant et c’est bien ainsi que le prophète Jérémie le dépeint dans un de ses oracles : « Ô toi l’espoir d’Israël, toi qui le sauves au temps de l’angoisse, pourquoi es-tu devenu un ger dans le pays ? » (Jr 14, 8). Aux dires de Moïse lui-même Dieu n’a cessé d’accompagner son peuple lors de sa migration au désert (Dt 1, 32) et lorsque David veut construire une maison à YHWH, Nathan vient rappeler au Roi que son Dieu affectionne de séjourner sous la tente (2 Sm 7, 7).
Si les prophètes prêchent la désinstallation et que YHWH lui-même en donne l’exemple, c’est qu’il nous aime trop pour nous voir installés… dans une illusion ! Car notre condition humaine ici-bas ne nous permet pas de nous installer et le psaume ironise sur la stabilité illusoire de ceux qui « croient leur demeure établie pour toujours » : « Peut-on vivre indéfiniment sans jamais voir la fosse ? Vous voyez les sages mourir : comme le fou et l’insensé ils périssent, laissant à d’autres leur fortune. Ils croyaient leur maison éternelle, leur demeure établie pour les siècles ; sur des terres ils avaient mis leur nom. L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat. Tel est le destin des insensés et l’avenir de qui aime les entendre » (Ps 49 (48), 10-14).

Jésus né de parents déplacés devient « l’homme qui marche »
Lorsque nous abordons le Nouveau Testament en venant de parcourir l’Ancien, nous ne sommes pas surpris de constater que Jésus se présente – dans la droite ligne des patriarches, des prophètes et de l’exemple donné par YHWH lui-même – comme un “désinstallé” : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas un endroit où il puisse reposer sa tête » (Mt 8, 20).
Victime dès le départ de la mégalomanie d’un César Auguste qui veut recenser « toute la terre », il naît de parents déplacés et quelle que soit l’interprétation que l’on donne à ce verset, la mention par l’évangéliste saint Luc qu’il « n’y avait pas de place pour eux »
(Lc 2, 7) signifie entre autres que Jésus est venu s’identifier à ceux qui n’ont pas de place dans l’organisation de notre monde en raison de la rapacité de ceux qui comme le dénonçait déjà le prophète Isaïe « ajoutent maison à maison, champ à champ, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place » (Is 5, 8).
Puis c’est la jalousie et la folie meurtrière d’Hérode qui va provoquer le malheur pour Joseph, Marie et Jésus, contraints de fuir en Égypte et devenant ainsi de véritables réfugiés politiques. De nombreux Juifs habitaient alors en Égypte et Joseph a sans doute trouvé à s’employer parmi eux comme charpentier au sein de cette communauté mais il était malgré tout un travailleur émigré. On ignore combien de temps la Sainte Famille est restée sur les bords du Nil mais l’Église copte conserve la tradition de ses pérégrinations jusque dans la région d’Assiout (quelque 400 km au sud du Caire).
De retour d’Égypte, la Sainte Famille s’établit à Nazareth mais Jésus aura sans doute conservé dans son inconscient la mémoire de cette existence nomade qu’il a vécu tout jeune enfant. Les Évangiles nous le présentent dans sa vie publique comme un homme qui marche sans cesse même s’il ne franchit plus tellement les frontières de la Palestine (mis à part quelques incursions, volontaires cette fois, dans les territoires de la Décapole à l’est du lac ou dans les parages syro-phéniciens). Cependant en tant que Juif, il exhorte ses auditeurs à avoir de l’estime pour les étrangers et singulièrement pour ceux pour lesquels les Juifs ont le plus d’aversion, sans doute parce qu’ils sont les plus proches : les Samaritains. De cela témoigne l’exemple qu’il choisit dans sa parabole sur l’homme agressé sur la route de Jéricho, secouru par un bon Samaritain (Lc 10, 33), le fait qu’il aime à souligner la gratitude du Samaritain qui était lépreux (Lc 17, 16) ou encore son fameux dialogue avec la femme de Samarie (Jn 4). Dans la polémique sur les fils d’Abraham et les fils du diable, les interlocuteurs de Jésus en viennent même à l’identifier à « un Samaritain et un possédé » (Jn 8, 48) ! Jésus conteste immédiatement être un possédé mais il ne répond même pas à l’accusation d’être un Samaritain. Ailleurs dans l’Évangile, il s’identifiera explicitement à l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25, 35).

L’Église comme peuple en marche
Lorsque Jésus déclare que « le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête », c’est pour prévenir ceux qui déclarent vouloir le suivre sans mesurer ce que cela implique. Dans les écrits des apôtres et de leurs disciples, on trouve toute une réflexion sur l’existence chrétienne vécue comme une migration.
Saint Pierre dans sa première épître exhorte les chrétiens à se conduire dans le monde comme des résidents temporaires, étrangers à ce monde qui passe : « Bien-aimés, je vous encourage, en tant que résidents temporaires et étrangers sur la terre, à vous abstenir des désirs de votre nature propre qui font la guerre à l’âme » (1 P 2, 11). L’épître aux Hébreux évoque à ce sujet l’exemple d’Abraham et de Sara qui demeurèrent jusqu’à leur mort « étrangers et voyageurs » sur la terre « aspirant à une patrie meilleure » que Dieu leur préparait (Hb 11, 13-16). Et saint Paul, quant à lui, affirme aux Éphésiens qu’ils ne sont « plus des étrangers ni des résidents temporaires », mais au contraire « concitoyens des saints, membres de la famille de Dieu » (Ep 2, 16).
Ce rapide parcours sur ce que la Bible nous dit du migrant ne saurait fournir des réponses simplistes à un problème complexe. La difficile question de l’immigration illégale n’est d’ailleurs pas traitée comme telle avec les injustices qu’elle peut générer dans la société qui préexiste au mouvement migratoire. La Bible nous invite seulement mais très explicitement à regarder le migrant comme un autre soi-même.

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