Cardinal Schönborn. « Le meilleur leadership, c’est celui de Jésus! »

En plein cœur de Londres, 6000 responsables chrétiens de toutes confessions sont venus du monde entier pour participer les 13 et 14 mai derniers à deux jours de conférence sur le leadership. L’occasion de se pencher sur de nouvelles méthodes de gouvernance dont l’Eglise compte bien s’inspirer pour reprendre souffle et croissance.

A Londres. Reportage et entretien par Claire Villemain
[paru dans le n° de Juillet-Août]

Organisé par la paroisse anglicane d’Holy Trinity Brompton et son charismatique vicaire Nicky Gumbel à l’origine d’Alpha, ce grand rassemblement de travail et de prière vivait sa deuxième édition. Sur les planches de l’immense et majestueuse salle du Royal Albert Hall, David Bowie et Elton John avaient laissé la place à de brillants auditeurs, comme le nouvel archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne (Autriche), et à de nombreux laïcs, principalement leaders de communautés protestantes, venus partager ici leurs expériences pastorales.
Les très nombreux responsables anglicans, catholiques, évangéliques, baptistes, pentecôtistes, et orthodoxes venus de 50 pays se sont ainsi formés aux bonnes pratiques de gouvernance chrétienne, et aux bonnes attitudes qu’un responsable d’aumônerie autant qu’un curé ou qu’un évêque doivent intégrer : écouter et aimer, définir des priorités et encourager, prier et appeler.
Parmi eux, 300 catholiques dont quelques Français : deux conseils pastoraux au grand complet, et plusieurs équipes de mouvements et communautés nouvelles. Tous sont repartis « regonflés » pour discerner le projet de Dieu pour leurs paroisses et leurs communautés, leur donner une vision pastorale à long terme, appeler et responsabiliser les bonnes personnes, et ainsi reprendre confiance… et croissance.


Le Royal Albert Hall, où se tenait cette 2e Leadership Conference.

Le cardinal Schönborn a adressé un témoignage très remarqué lors de ce rassemblement. Largement ovationné, il a témoigné de l’importance de la prière, de l’humilité, de la nécessaire et absolue confiance au Saint Esprit dans toute entreprise pastorale.

IEV : En quoi cette « Leadership Conference » peut-elle intéresser les responsables catholiques ?
Cardinal Schönborn : Pour moi, un des grands intérêts de cet événement est  la rencontre des églises chrétiennes. Malgré nos styles très divers, il est évident qu’un grand amour de Jésus nous unit. Cet appel pressant du Christ à l’unité et à la mission donne un dynamisme impressionnant à cette conférence. Je suis touché de voir ici des églises s’écouter, avec bienveillance, pour voir la mission commune que le Seigneur nous a donnée. La mission renforce l’unité, elle nous rapproche et nous appelle à l’unité.

Cette question de la formation des pasteurs doit-elle nous interpeller ?
Il faut se rappeler que Jésus fait de nous des « disciples », ce qui signifie « élève » en grec. Il veut donc que nous soyons à son école. Ensuite, il fait de nous des « maîtres » qui « enseignent toutes les nations ». Ainsi, pour qu’il y ait des disciples à la suite de Jésus, il faut qu’il y ait des maîtres qui enseignent. Le meilleur leadership, c’est celui de Jésus !

Mais il y a un côté « professionnel » qui peut gêner, ne croyez-vous pas ?
Mais il n’est pas interdit d’apprendre du monde séculier des éléments de leadership dont nous pouvons profiter… Et comment ne pas penser à la richesse et à la sagesse séculaire du leadership dans la famille. Dans une certaine mesure, l’appliquer à nos communautés n’est pas inintéressant, surtout quand cela porte du fruit.

Le leadership chrétien implique aussi cette idée de la croissance des communautés, des paroisses…
Jésus a voulu que nous formions des communautés, que nous amenions des âmes à lui. Former des communautés est un grand défi pour une Eglise catholique qui est d’abord structurée par paroisses. Or nous voyons que la forme traditionnelle de la paroisse, aussi irremplaçable soit-elle, a besoin de renouveau pour que nos communautés puissent croître en nombre et en esprit.

On  insiste également sur la nécessité d’une conversion pastorale. Que cela signifie-t-il ?
L’Eglise n’a pas besoin de se convertir, car elle est sainte. Mais en ce qui nous concerne, nous en avons grand besoin ! Cette conversion pastorale consiste d’abord et avant tout à être saisi par l’Amour de Jésus pour chaque homme. Cela implique de ne plus être seulement dans une maintenance des structures, mais d’intégrer cet appel pressant à sortir, comme nous y invite le pape François, et de nous tourner vers cette foule immense de personnes qui ne connaissent pas Jésus.

Légende photo en-tête: Le cardinal Schönborn et le révérend Nicky Gumbel, priant pour l’unité des chrétiens à l’issue de l’intervention de l’archevêque de Vienne.

 

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