Paroisses. Et si on créait un patronage?

Le « patro ». Cette réalité, bien vivante dans nos paroisses il y a encore 50 ans, a eu tendance à disparaître en France à quelques très belles exceptions près. Pourtant, elle n’a pas pris une ride et mérite que l’on s’y intéresse de près.

De nombreux patronages sont nés dans les paroisses de France au XIXe s. et au début du XXè siècle. C’étaient des initiatives destinées à offrir des activités éducatives, dans un esprit chrétien, aux garçons et aux filles, sous la responsabilité de la paroisse. Ces patronages se sont développés particulièrement en milieux populaires. A Marseille, les patronages paroissiaux voient le jour à la fin du Consulat, sur l’initiative de l’abbé Jean-Joseph Allemand. L’idée sera reprise en 1820 par l’abbé Joseph-Marie Timon-David, dont l’œuvre perdure toujours.

Diverses congrégations développeront cette expérience pastorale : les frères des écoles chrétiennes, les Salésiens de Don Bosco, les religieux de Saint Vincent de Paul, le tiers-ordre dominicain, puis les Fils de la Charité.

Suite à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, ces patronages se constitueront en association loi 1901. Ils connaîtront un développement très conséquent entre les deux guerres et après 1945. De très nombreuses paroisses se sont équipées d’une salle de spectacles, de terrains de sport, de salle de réunion, pour que différentes activités culturelles et sportives puissent être offertes aux jeunes. Ma petite paroisse de Lyon, une des plus pauvres de l’agglomération, possédait son cinéma ! Et quand le curé voisin, l’abbé Galard, a créé sa paroisse dans un quartier populaire en pleine construction, il commença à bâtir ses locaux paroissiaux en 1936 par la réalisation d’une salle de spectacles et de locaux pour le catéchisme et le patronage des jeunes, avant de construire son église !

De ces patronages sont nées de nombreuses associations sportives, dont beaucoup encore actives aujourd’hui.

Dans le Nord de l’Italie, la plupart des paroisses ont aujourd’hui des patronages très actifs, les « oratori ». La paroisse de Milan que j’ai visitée offre aux enfants et jeunes du quartier : équipes de sport, activités culturelles, spectacles et fêtes, sorties en montagnes, aides au devoir … et le catéchisme, intégré à l’ensemble des propositions. Les jeunes, dès l’adolescence, reçoivent une formation pour encadrer les petits. Et toute la paroisse est impliquée dans la vie du patronage : les parents gèrent les activités et les lieux, les familles participent aux activités plusieurs jours par semaine, les prêtres accueillent au presbytère de nombreux jeunes. C’est donc toute une éducation chrétienne qui est ainsi offerte, dans une paroisse vivante.

Aujourd’hui, la proposition de la foi offerte aux enfants et aux jeunes dans nos paroisses se réduit souvent à « l’heure de caté » hebdomadaire. Cette heure est nécessaire, mais bien insuffisante, surtout pour les enfants des familles non pratiquantes. Le temps n’est-il pas venu de relancer des patronages paroissiaux, d’une façon ou d’une autre ?

Pistes pour commencer dès maintenant

Il n’y a pas besoin d’avoir de grands moyens pour commencer des activités dans l’esprit des patronages.

  1. L’aide aux devoirs est un service très précieux que toute paroisse peut offrir aux enfants et à leur famille, dans ses locaux. Il suffit de quelques adultes (étudiants, parents), d’une salle, d’une personne qui prenne contact avec l’école voisine. Le créneau peut être d’une heure, en fin d’après-midi, 2 ou 3 jours par semaine.
  2. Activité théâtre : monter un spectacle qui implique des enfants, des jeunes et des adultes est toujours une expérience fructueuse. Il faut une personne capable de mettre en scène en faisant travailler des gens différents sur scène (acteurs, chanteurs, musiciens) et en coulisse (décors, costumes, lumières, publicité). Le sujet du spectacle peut toucher à l’histoire de la paroisse ou du quartier, à une vie de saint ou à une question de société avec un regard de foi. C’est l’occasion d’apprendre l’évangile autrement.
  3. Activité cinéma : des groupes d’adolescents se retrouvent pour une soirée du samedi avec au menu : film + pizza + échange. Prévoir 3h. Le choix du film est évidemment déterminant. Il doit tenir compte de l’âge des jeunes, s’assurer qu’il offre des valeurs évangéliques et ouvre à un échange.
  4. Activité musique : offrir des cours de musique gratuits (piano, guitare, flûte, percussions) pour constituer un petit orchestre pour l’animation musicale de quelques messes dans l’année. Et un concert à la fin de l’année.
  5. Activité danse : offrir des cours de danse gratuits. Spectacle à la fin de l’année. Cela touche essentiellement les filles.
  6. Sorties sur une journée : marche en montagne, journée de ski, activités sportives diverses et originales. Prévoir un petit temps spirituel dans la journée : visite d’une communauté religieuse, petit pèlerinage, temps de prière simple.
PÈRE ERIC JACQUINET

Eric Jacquinet est un prêtre du diocèse de Lyon, membre de la Communauté de l’Emmanuel, responsable de la section jeunes du Conseil Pontifical pour les laïcs.
Il a cosigné Frappez et l’on vous ouvrira (Editions de l’Emmanuel, 2011)
Son blog:  http://eric.jacquinet.over-blog.com/

 

2 comments

  1. Eh salut la bande d’IEV !!
    Il y a un patro qui a ouvert à Cherbourg, paroisse St Pierre-St Paul.
    http://www.lamanchelibre.fr/cherbourg/actualite-40174-mgr-lalanne-benit-patronage-saint-barthelemy.html
    Vous devriez aller voir le père Yann Deswarte pour faire un reportage et lui demander comment en cinq mois, 8 jeunes qui ne connaissaient pas le Christ ont demandé le baptême …
    A plus IEV
    Philippe

  2. Claire Villemain

    Justement, vous pourrez lire tout un article sur le patronage Barthélémy dans le prochain Ilestvivant… dans 15 jours dans votre boite aux lettres!

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