L’Ecologie humaine. « Libérer l’homme en retrouvant sa nature profonde »

Le 22 juin prochain, les Assises de l’Ecologie humaine lanceront ce nouveau « mouvement de réflexion au service de l’action ». Entretien avec un de ses initiateurs, Pierre-Yves Gomez, économiste, professeur à l’EM Lyon et à l’origine des parcours Zachée.
PROPOS RECUEILLIS PAR CLAIRE VILLEMAIN

D’où vient l’idée d’une écologie humaine ?
Pour parler d’écologie humaine, il faut en revenir à la nature profonde de l’homme, qui est de se situer au cœur d’une articulation entre la nature et la culture. La nature lui est confiée, il doit la protéger, l’embellir ; la culture l’aide à se protéger de la nature dont il est issu (médecine, ingénierie, etc.) Or depuis trois siècles, cet équilibre a été bouleversé : l’homme, de plus en plus maître et souverain de la nature, a été absorbé par la culture. La modernité a ainsi dénaturé l’homme très profondément en prétendant qu’il n’est qu’une construction sociale, par son éducation, son travail, et maintenant sa sexualité.

La loi Taubira a-t-elle accéléré ce processus ?
Les événements récents autour du mariage, et plus largement les débats autour de la vie, la bioéthique, l’école ou l’économie, posent cette question : « De quel homme parle-t-on ? » Le mouvement social que nous connaissons depuis la fin de l’année 2012 ne traduit pas la perte des vieux repères conservateurs, mais ce refus de s’entendre dicter : « Tu es un construit social. Si refuse cela, tu es un animal »… en balayant au passage toute idée de liberté. Ce que nous vivons est une libération de cette pensée totalitariste. Si les gens manifestent, ce n’est pas simplement à cause d’une réforme dénaturante du mariage, c’est au nom de la liberté. Une loi, dictée par la rhétorique de groupes de pression, ne décide pas qui je suis. Avec la loi Taubira, les gens se sont arrêté et ont protesté : « Au nom de quoi va-t-on décider qu’un homme c’est cela ? Qui a le droit ? »

Quel est votre objectif ?
Le facteur de libération et d’émancipation pour notre époque est de refonder l’homme en nature, en refusant de n’être fondé qu’en culture. Ne plus accepter que les lois nous fondent et nous créent, en nous disant : « Cela est un enfant, cela un embryon ». Non, ce n’est pas une loi qui nous fonde. Le mouvement de l’écologie humaine, ouvert à toute personne de bonne volonté, veut poser la nature humaine comme le fondement de l’analyse politique, économique, sociale, écologique.

Comment envisagez-vous votre action ?
C’est un groupe de réflexion au service de l’action. Nous sommes face à une lacune considérable de réflexion politique sur la nature humaine depuis 50 ans. Il y a eu beaucoup de réflexions diverses, mais pas une qui convergeait massivement sur la nature de l’homme, et en quoi cette nature humaine, qui ne dépend pas de notre bon vouloir, fonde le politique. Mais cette réflexion n’aura de sens que parce qu’elle produira de l’action politique (militantisme dans des partis politiques ou en entreprises, etc.) L’écologie humaine souhaite fonder ce mouvement social spontané et en faire notre façon d’être au monde.

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