Mgr Yves Le Saux: « tout doit être prétexte à parler de l’amour de Dieu »

Mgr Yves Le Saux, évêque du Mans, faisait partie de la délégation française lors du Synode sur la nouvelle évangélisation qui s’est tenu à Rome du 7 au 28 octobre derniers.

Propos recueillis  par Claire Villemain

Ilestvivant ! Le thème de ce synode était « La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi ». Y a-t-il, selon vous, une crise de la transmission ?

Yves Le Saux Je n’aime pas beaucoup le mot « crise ». Il y a toujours eu des crises. Le monde est en pleine mutation, il change de façon très profonde, anthropologique même, et pour autant ce n’est pas une crise. C’est ainsi. Face à ce changement fondamental, comment annoncer la nouveauté du Christ à ce monde-là ? L’Église se remet face à elle-même pour se demander comment transmettre l’héritage de la foi.

IEV Avez-vous senti une remise en question de la part de l’Église ?

Yves Le Saux Non, pas une remise en question, mais un questionnement sur les méthodes. Le message est toujours le même ! Ce que nous avons à dire n’a pas changé : il n’y a pas de concession à la vérité. Mais nous devons trouver de «nouvelles méthodes et une nouvelle ardeur» comme dirait Jean Paul II, un nouveau langage pour parler au monde, car de toute évidence il ne nous comprend plus. En Occident, nous ne sommes plus dans une chrétienté. Cela n’est ni bien ni mal, c’est un fait. Dans ce contexte, la nouvelle évangélisation n’est pas une croisade sous prétexte que l’Église aurait perdu pied ! Il s’agit de savoir comment, dans ce monde, nous pouvons annoncer l’amour de Dieu.

IEV Qu’entend-on par « nouvelle évangélisation » ? C’est un concept qu’on attribue volontiers au vieux monde occidental et pourtant le Saint Père a voulu réunir l’Église universelle… Pourquoi ?

Yves Le Saux Il ne s’agit pas d’évangéliser « à nouveau », mais d’apporter «une nouvelle ardeur, une nouvelle audace, de nouvelles méthodes dans un monde qui change» (Jean Paul II). Or le monde change partout ! Il y a des nuances, c’est vrai, mais même en Afrique où se pose la question de l’inculturation ou dans les pays où les chrétiens sont persécutés, les évêques reconnaissent ce besoin de retrouver une nouvelle audace.

IEV Réveiller l’élan missionnaire des baptisés fait partie de vos préoccupations majeures, et cela a justement fait l’objet d’un des points de votre intervention auprès des pères synodaux. Comment s’y prendre ?

Yves Le Saux J’ai en effet voulu soulever cette question. Beaucoup de baptisés n’ont pas cette conscience missionnaire : il faut la réveiller ! Un exemple. Alors que j’étais en visite dans une ville de mon diocèse d’environ 7 000 habitants, les quelques chrétiens engagés me reçoivent. Ils m’annoncent qu’une trentaine de fidèles participent à la messe du dimanche. Je leur demande : «Mais où sont les 6970 autres? Comment leur annoncer la foi?» «Mais, Monseigneur, je ne peux pas annoncer le Christ à mon voisin, il n’est pas croyant…» Alors je lui ai répondu : «Mais c’est justement parce qu’il n’est pas croyant qu’il faut lui en parler!»

IEV Vous avez également parlé des « baptisés non-croyants ». Qui sont-ils ?

Yves Le Saux Nous avons affaire à des gens qui ont été baptisés mais qui ne connaissent pas le Christ, parce qu’ils n’ont pas été catéchisés, ou qu’ils ont une vague ou fausse idée de l’Église. Ils veulent se marier à l’Église, faire baptiser leur bébé. Ils ne croient ni en Jésus ni en l’amour de Dieu. Ils représentent 80 % des demandes qui sont faites aux curés de paroisses dans le monde rural, et je peux vous dire que c’est très éprouvant pour les prêtres. Pourtant, il faut les accueillir. Il faut comprendre ce que signifie leur demande et savoir comment leur proposer un chemin de type catéchuménal. Il y a certainement un art à le faire qu’il nous faut apprendre.

IEV Doit-on revoir notre façon d’annoncer le salut ?

Yves Le Saux Il faut être clair sur une chose, sans quoi nous ne pouvons pas évangéliser : Jésus est sauveur et nous avons tous besoin d’être sauvés. En Occident, les chrétiens eux-mêmes font preuve de relativisme : au nom de la tolérance, nous réduisons l’attachement au Christ à une opinion privée parmi d’autres. En réalité, si nous croyons que Jésus est l’unique Sauveur du monde, nous ne pouvons faire autrement que de l’annoncer !

IEV Y a-t-il une parole de Benoît XVI qui vous a particulièrement marqué pendant ce synode ?

Yves le Saux Il a affirmé très fortement le lien entre le concile Vatican II, la foi et la nouvelle évangélisation. L’idée de « nouvelle évangélisation » émane du Concile, qui reste une boussole pour notre temps. Il a insisté aussi sur une nouvelle conversion des chrétiens, une adhésion plus authentique, une expérience personnelle du Christ. Cette idée que la nouvelle évangélisation passe par là revient sans cesse chez lui. Le lien avec l’Année de la foi est alors évident.

IEV Comment avez-vous vécu ce synode ?

Yves Le Saux Je considère que cet événement a été une grâce de Dieu, pour moi en premier. Malgré des réalités très différentes, il y avait entre nous une communion très profonde, une grande liberté de parole. Les évêques étaient heureux d’être rassemblés autour du Saint-Père. Un synode est un événement ecclésial, qui révèle quelque chose du mystère de l’Église. Les évêques sont les successeurs des apôtres ; or les apôtres n’ont rien fait d’autre qu’annoncer le Christ. Donc le premier travail d’un évêque est d’évangéliser. Car nous ne sommes pas des hauts fonctionnaires de l’Église catholique, ni le préfet des affaires religieuses de nos régions ! Reste à savoir comment nous devons être les premiers missionnaires dans nos diocèses. Cela passe sûrement par un renouvellement de notre façon de prêcher.

IEV Vous-même, comment êtes-vous missionnaire ?

Yves Le Saux J’espère que je le suis sans arrêt ! Je vais partout où je suis invité, des cérémonies civiles au salon du mariage et du pacs… Je crois que tout doit être prétexte à parler de l’amour de Dieu, que ce soit avec monsieur le Maire, le Préfet ou au supermarché.

IEV A l’issue de ce synode, avez-vous des attentes pour votre diocèse ?

Yves Le Saux En tout cas, ce synode permet de parler de la nouvelle évangélisation. C’est en soi un événement missionnaire pour l’Église ad intra. Dans mon diocèse, nous avons lancé un certain nombre d’initiatives : l’une autour de la Parole de Dieu qui a rassemblé plus de 5 000 personnes ; nous préparons un festival autour de l’art où nous attendons près de 10 000 participants. Nous avons des idées, nous en aurons certainement toujours. Mais la vraie question c’est : «Sommes-nous bouleversés par le Christ?» Si nous l’avons vraiment rencontré, nous ne pouvons pas ne pas évangéliser. Benoît XVI le dit très bien : «Être chrétien, ce n’est pas l’adhésion à une grande idée, ou à une éthique. C’est la rencontre d’une personne.»

IEV Vous avez été reçu en septembre avec les évêques de l’Ouest de la France par le Saint-Père lors d’une visite ad limina. Qu’en avez-vous retenu ?

Yves Le Saux J’ai été impressionné par le fait que la seule présence du Saint-Père au milieu des évêques crée l’unité entre nous. Il y avait une grande joie. Ce qui m’a frappé également, c’est que le Pape n’est jamais négatif. C’est pour nous un exemple. Il faut opter pour la bienveillance.

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