Natalie Saracco: l’âme de feu

Natalie Saracco - La Mante Religieuse

Interview-témoignage de la réalisatrice du film La Mante religieuse (jaimelamante.com)

À retrouver dans le numéro d’avril d’Ilestvivant! avec une critique du film! (s’abonner)

Natalie Saracco Quand j’étais petite, maman, qui est une femme de foi, m’a communiqué son amour de Dieu. En l’entendant me parler de ce Dieu d’amour et de vérité, je me suis enflammée comme l’essence au contact du feu. Collégienne, j’allais avant les cours à la messe chez les carmélites de Montmartre. Je suis tombée amoureuse de ce lieu, de cette communauté. Chaque matin, je me retrouvais à la croisée de deux mondes : à Barbès, les travestis terminaient leur nuit tandis que moi, je filais à la messe au Carmel.

IEV Cette foi, vous la viviez en secret ?

NS J’ai toujours parlé de Dieu autour de moi. Même à l’adolescence. Au cours Florent, les « vieux » de 30 ans qui étaient avec moi aimaient me faire monter sur scène pour que je parle de Dieu. D’abord pour se moquer. Puis ils se sont vraiment pris au jeu. Les années passant, j’ai expérimenté ce que dit saint Paul : « Je fais le mal que je ne voudrais pas faire et le bien que je voudrais faire, je ne le fais pas… » J’essayais de faire la volonté de Dieu par moi-même… Mais sans le Seigneur, on ne peut vraiment rien !

IEV Jusqu’au jour de l’accident…

NS C’était il y a six ans : une amie et moi, nous roulions à 130 km/h sur l’autoroute, puis ce fut le crash, terrible. On s’est retrouvées dans un état lamentable. Je crachais du sang, je m’étouffais, tous les signes d’une hémorragie interne. Peu à peu, j’ai senti physiquement la vie me quitter. Puis, dans un « lieu » hors des limites de l’« espace-temps », je me suis retrouvée tout près de Jésus qui était revêtu d’une tunique blanche. Il me montrait son Sacré-Cœur entouré d’une couronne d’épines. Il pleurait et de son Cœur s’écoulaient des larmes de sang. Et ses larmes s’écoulaient dans mon propre cœur. C’est comme s’il voulait que je ressente sa terrible souffrance. C’était un tel concentré de souffrance que j’ai oublié ma peur de mourir, ceux que je quittais. Et je lui ai demandé : «Seigneur, mais pourquoi tu pleures?» «Je pleure parce que vous êtes mes enfants chéris, que j’ai donné ma vie pour vous, et qu’en échange je n’ai que froideur, mépris et indifférence. Mon cœur se consume d’un amour fou pour vous, qui que vous soyez.» Même la dernière des crapules est unique au cœur du Christ et chaque âme qui se perd est une larme de sang du Cœur sacré de Jésus qui se perd. Pour lui, c’est insupportable.

IEV C’est le message du Sacré-Cœur à Marguerite-Marie !

NS Je ne connaissais pas ce message. Quand j’ai raconté ce que j’avais vécu, on m’a parlé de Marguerite-Marie et de Paray-le-Monial. J’ai acheté un livre écrit par cette sainte et en le lisant, j’ai fondu en larmes. C’est le même message à quelques siècles d’intervalle !

IEV Mais l’histoire ne s’arrête pas là…

NS Comme un cri du cœur, je dis à Jésus : «Seigneur, quel dommage de rendre l’âme maintenant que je sais que tu nous aimes à la folie! Je voudrais pouvoir revenir sur terre pour témoigner de ton amour fou pour nous et consoler ton Sacré-Cœur.» Au moment précis où j’ai dit ça, je me suis retrouvée comme une petite chose fragile devant une nuée : c’était l’heure de mon jugement devant le tribunal céleste. Et j’ai entendu une voix dire : «Vous serez jugés sur l’amour vrai de Dieu et des frères.» Après ces paroles, j’ai été comme réinjectée dans mon corps : en partant des pieds, un liquide brûlant a parcouru tout mon être. Je me suis arrêtée net de cracher du sang. Les pompiers m’ont sortie de la voiture. À l’hôpital, les médecins n’ont pas compris comment je pouvais être encore en vie après un tel crash. C’était inexplicable. De plus je baignais dans une paix et une joie extraordinaires. Moi, qui étais une écorchée vive, tout s’était comme réordonné, apaisé en moi.

IEV Pour vous, quel est le cœur du cœur de ce message ?

NS L’amour fou du Christ, sa souffrance face à notre indifférence. Il mendie notre amour. La faiblesse de Dieu, c’est son amour pour nous. Tout ce qu’il attend de nous, c’est que nous l’aimions de manière simple, naturelle, humaine, comme Marie Madeleine qui se jette à ses pieds.

IEV Une figure de l’Évangile qui vous est devenue familière…

NS Elle, la pécheresse, a versé des larmes d’accueil du pardon de Dieu. Elle a pleuré sur l’amour fou, insondable du Christ pour elle et pour nous tous.

Pour l’anecdote, quand maman m’attendait, elle a eu de graves problèmes de santé et les médecins lui ont fait comprendre que c’était elle ou moi. Hors de question, pour mes parents, d’envisager d’attenter à la vie de leur enfant. Maman est allée en pèlerinage auprès de la Vierge Marie. Elle a demandé à avoir une fille avec, je ne sais pas pourquoi, les cheveux de Marie Madeleine. De fait, dans la famille, je suis la seule à avoir une telle tignasse !…

IEV Qu’avez-vous appris de cette rencontre ?

NS Le Seigneur nous demande le courage de nous accepter tels que nous sommes, de reconnaître notre petitesse. C’est une grâce à demander et qui nous permet ensuite de nous abandonner dans ses bras. Maintenant je lui dis : «Je suis le cancre de la classe, je m’abandonne comme un paquet de linges sales dans tes bras. Ce que tu fais de moi, cela ne m’appartient plus. J’ai entièrement confiance.» Les combats sont toujours là mais je les vis dans ses bras. Se laisser aimer par Dieu et agir par l’Esprit Saint. Voilà tout ce qui nous est demandé.

Cette rencontre m’a fait passer aussi à une relation presque charnelle avec le Seigneur. Il m’a fait sentir le courant de son amour passer en moi. Un amour tellement fort, inimaginable qu’on ne peut le garder pour soi !

Cet accident m’a appris enfin que nous sommes appelés à vivre en état d’urgence.

IEV Une telle rencontre n’est-elle pas « dangereuse » pour l’humilité ?

NS Que Dieu me préserve d’en tirer une quelconque gloire ! Je suis une pauvre pécheresse. Je veux juste témoigner de ce que j’ai vécu, de cet Amour insondable qui s’est révélé à moi. «Qui me voit, voit le Père», dit Jésus dans l’Évangile. Et la pleine révélation du Christ, c’est son cœur : il y a là toute la pure expression de la Sainte-Trinité. Dieu est Amour et Miséricorde, et rien d’autre !

IEV Comment est né le film La Mante religieuse ?

NS Sans le Seigneur, il n’aurait jamais vu le jour ! Avant l’accident, j’avais écrit un film que souhaitait produire un professionnel de renom. Après l’accident, je l’ai laissé de côté. Car amoureuse, j’étais comblée, toute tournée vers Jésus. Et malgré de multiples douleurs dues à l’accident, une minerve et des cannes, j’étais heureuse.

D’un coup, en prière, je reçois cette parole du Seigneur : «Ma fille, tes talents viennent de moi; je te les ai donnés pour que tu fasses des films pour ma gloire.» Je ne comprends pas très bien. Passent quelques mois.

Un jour, je me retrouve à prendre un cahier et à noter tout ce qui me vient à l’esprit et au cœur. Et contrairement aux expériences d’écriture que j’avais déjà faites (des courts métrages et deux longs métrages), je n’ai cette fois rien anticipé.

Je vois des personnages naître sous mes yeux, des scènes, des dialogues surgir. Pendant douze jours, j’écris en totale immersion. Et quand je mets le mot « Fin » sur le manuscrit, je me rends compte que je viens d’écrire 200 pages dialoguées : l’histoire de la conversion d’une fille complètement paumée, qui porte les blessures de notre humanité d’aujourd’hui. À l’image de la boue de notre âme qui un jour peut être traversée par la lumière de la grâce.

IEV Comment avez-vous trouvé le financement ?

NS Quand je me suis retrouvée avec ce scénario, je ne savais pas quoi faire… Toujours dans la prière, le Seigneur me dit un jour : «Tu feras ce film grâce au soutien de mon Église et des patrons chrétiens.» Or je suis tout sauf une mondaine : je n’en connaissais pas un ! Trois jours après, dans mon village de Normandie, je tombe sur le livre Les réseaux cathos de Marc Baudriller. Il y cite plein de patrons chrétiens qui utilisent leur argent pour de belles œuvres. Mais ce qui m’a surtout touchée, dans ces pages, c’est le témoignage d’un jeune blogueur catho, Jean-Baptiste Maillard, que j’ai contacté via Facebook. Il m’a fait rencontrer Mgr Rey et avec l’aide du Seigneur, tout s’est fait ensuite au fur et à mesure. Il y a eu beaucoup de combats, de nombreux obstacles. Mais Dieu ne m’a jamais abandonnée. Même quand, au tout début du tournage, j’ai perdu mon cher papa en quatre jours, d’un AVC, et qu’il a fallu que je m’occupe de tous les détails matériels… C’était très dur, mais Jésus était là.

IEV Le tournage a provoqué un vrai retournement chez certains…

NS On a tous grandi avec ce film. C’est une expérience humaine à tous les niveaux. Les comédiens ont été bouleversés. Ils se sont ouverts, ils sont en cheminement. L’actrice principale, qui est enceinte, aimerait recevoir le baptême en même temps que son enfant… L’actrice, qui joue son amante dans le film, va maintenant tout le temps prier à la rue du Bac. Un jour, il pleuvait des cordes. Nous devions tourner une scène extérieure près de l’église Saint-Séverin, à Paris. Tout le monde était inquiet : comment faire ? On installe  le matériel, protégé du déluge par d’immenses parapluies. À un moment donné, on ne savait plus où était Marc Ruchman (qui joue le prêtre). Je rentre dans l’église, devant la Vierge Marie, hyper concentré. Je lui demande : « Mais Marc, qu’est-ce que tu fais ? » « Je prie pour que la pluie s’arrête et que l’on puisse tourner. » À ce moment précis, un assistant rentre dans l’église précipitamment : « Vite, la pluie a cessé, on peut tourner ! » Je fais mes prises et au moment où je dis : « Coupez ! » La pluie s’est remise à tomber très fortement…

IEV Et les anecdotes de ce genre n’ont pas manqué pendant le tournage !

NS Je pourrais en raconter des dizaines, c’est vrai !

Le 21 décembre 2012, nous étions en tournage à l’abbaye de Royaumont. Cette date était annoncée par le calendrier Maya comme le jour de la fin du monde. Il faisait un temps radieux. Toute l’équipe parlait de la fin du monde, que certains pensaient imminente. Ils disaient : « Elle n’a pas eu lieu cette nuit ; elle va peut-être se produire maintenant… » Moi, bien sûr, je n’y croyais pas. Le Christ a dit que nul ne connaît le jour ni l’heure ! Le soleil brillait toujours et à un moment donné, quelqu’un a regardé vers le ciel : juste au-dessus du lieu du tournage, un arc-en-ciel géant à l’envers s’était formé. Et  nous avons vu sous nos yeux un autre arc s’entremêler au premier pour former une sorte de poisson ! Quelqu’un a dit en riant : « Tiens regarde Natalie : c’est le signe du poisson, le signe des chrétiens ! » Mais tout le monde a flippé. Je leur ai alors dit sur le ton de l’humour : « Allez, maintenant, il est temps de vous convertir ! » Ce phénomène assez étonnant a bien duré une demi-heure.

Un autre jour, nous devions tourner une scène dans une église. Impossible d’en trouver une ! Et contre toute attente, le responsable du Martyrium de Montmartre nous a ouvert les portes de ce lieu historique. C’est en quelque sorte le cœur du Sacré-Cœur, le lieu où saint Denis a été décapité et où saint Ignace de Loyola a institué les Jésuites. De très grands saints y sont venus en pèlerinage. C’est un lieu qui symbolise l’évangélisation. Habituellement, c’est fermé au public. Et quand on a tourné, d’un coup, un incendie s’est déclaré… Le diable n’était visiblement pas très heureux de ce film qui veut annoncer l’Amour fou de Dieu pour les hommes. La prière a été notre rempart. Mon père spirituel m’a prévenue : « Attends-toi à porter la couronne d’épines jusqu’à la fin mais ne crains pas, tu auras la grâce. » Le Seigneur me demande vraiment de m’abandonner à son Sacré-Cœur.

IEV Quel public visez-vous ?

NS En priorité les jeunes et les personnes qui n’ont pas la grâce de la foi. Mais nous sommes tous responsables de l’avenir du film. Si nous faisons beaucoup d’avant-premières, c’est pour inciter de nombreuses personnes à se mobiliser. Cette mobilisation permettra à La Mante religieuse de sortir dans un très grand nombre de salles. Ainsi, le film pourra toucher un large public, et la Miséricorde sera annoncée !

Propos recueillis par Laurence de Louvencourt

Un film, deux points de vue

Le regard du Père Olivier Le Page (il organise chaque année la semaine chrétienne du cinéma Saint-Lô).

Jézabel est une écorchée vive. À l’image d’une jeunesse désabusée, sans foi ni loi, elle brûle sa vie pour se sentir vivante mais n’en récolte qu’un goût de cendre. Cette spirale du vide l’entraîne même, après un pari, à vouloir prendre dans ses griffes un prêtre qu’elle a rencontré le jour de l’inhumation de son père. Loin d’être naïf ce prêtre tente cependant de la sauver.
Ce film est donc l’histoire croisée d’une jeune artiste rebelle et prête à tout, et d’un prêtre zélé voulant aider cette Marie Madeleine des temps modernes. Un film de notre époque avec tous ses excès. Certaines scènes, réservées à un public adulte, pourront choquer. Mais elles apparaissent sans complaisance pour souligner le combat finalement spirituel qui est en jeu. Au bout du compte c’est bien le mystère de la croix qui s’esquisse de manière paradoxale comme seule source de salut. La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée (Jn 1, 5).
Si parfois au cinéma, l’Église en général et les prêtres en particulier sont présentés comme peu convaincants, ici, rien à redire quant aux dialogues qui sonnent juste et rendent crédibles des personnages bien en prise avec le réel.
La Mante Religieuse n’est pas sans questionner le célibat sacerdotal et l’engagement de fidélité que promettent les prêtres à Dieu et à son Église. Il le questionne sans le remettre fondamentalement en cause mais en soulignant la valeur du don qu’il représente pour l’Église et pour le monde, et qui est avant tout un charisme à recevoir continuellement du Seigneur.
« Une société dans laquelle Dieu serait totalement absent, s’autodétruirait. » C’est le cardinal Ratzinger qui l’affirmait en 2004. Et les prêtres, malgré leurs pauvretés et dans la mesure où ils demeurent témoins du Christ, pourraient bien rester des signes, parfois incompris mais toujours prophétiques, de cette présence de Dieu en un temps qui en a tant besoin. ¨

Le regard de Louis-Étienne de Labarthe (rédacteur en chef d’Ilestvivant!)

Contrepoint
J’ai été très touché par le témoignage de Natalie Saracco, qui parle avec des mots vrais et modernes de l’amour du Cœur de Jésus.
Son film, La Mante religieuse, audacieux, veut rejoindre en priorité des personnes qui ignorent l’amour passionné du Christ pour elles. Je pense en effet qu’il peut porter de beaux fruits de conversion. Pourtant, je suis réservé par rapport à ce film. En effet, si le scénario et les personnages décrivent avec réalisme le monde actuel, il donne à voir sans détour l’érotisme contemporain. Une chose est de l’évoquer, une autre est de le voir de manière crue. Qu’est-il juste ou prudent de voir ? Chacun aura sa propre réponse en fonction de son histoire et de sa sensibilité. Certes, à travers les figures dévoyées de l’amour, ce film ouvre à une vraie miséricorde envers les personnes qui suivent de tels itinéraires et il montre la puissance de l’amour rédempteur qui s’abaisse sans limite pour sauver ce qui est perdu. Mais ne doit-on pas parfois se préserver ? Ce film m’a heurté dans ma capacité à unir mes forces, y compris pulsionnelles, pour mieux aimer. Était-ce utile que je le voie ? Je réponds non. Je prie pourtant afin que ce film porte le plus grand fruit.
Louis-Étienne de Labarthe

5 comments

  1. Le témoignage de Natalie Saracco est très beau. Je connaîs aussi des personnes qui ont vu leur vie défiler lors d’un très grave accident. A présent, des personnes nous demandent des conseils sur le film « la Mante Religieuse ». Dans la bande annonce du film, le prêtre n’a pas l’air d’opposer de résistances face à une femme qu’il a devant lui et qui le harcèle. Est-il consentant? Lorsque l’on va au cinéma, après avoir vu un film, il reste les images après avoir vu le film.
    Ce qui manque, c’est lamise en valeur de la prière, la résistance humaine avec l’aide du Ciel face à ces situations. Sinon, quelle différence avec les autres films? Savez-vous s’il y a un moyen de contacter Natalie Saracco?

  2. au sujet de Marguerirte-Marie , de PARAY-le monial, et du Sacré-coeur: jean Phaure a beaucoup écrit sur ce sujet.Il a écrit, entre autres, Le cycle de l’humanité adamique.

    Read Jean Phaure’s books!

  3. Splendide témoignage de Natalie. Néanmoins, j’ai une question à lui poser par rapport à son récit :

    En effet, Natalie Sarocco, a rapporté dans le premier témoignage de 2014 que Jésus lui a dit lors de son accident :  » je connais les intentions de ton coeur » alors que celle ci prenait conscience qu’elle ne s’était pas confessée.
    Dans les témoignages postérieurs, Nathalie SARACCO ne fait plus jamais état de cette séquence …

    Ma question est la suivante :
    POURQUOI CETTE PARTIE DE DIALOGUE ENTRE NATALIE ET JÉSUS EST ELLE DÉSORMAIS PASSÉE SOUS SILENCE ?

    merci de répondre à cette question (que d’autres personnes que moi lui poseront un jour au l’autre)

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