Religion : que de crimes on commet en ton nom…

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Une chronique de Paul Clavier

Religion : que de crimes on commet en ton nom ?

L’assassinat sauvagement perpétré dans les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo et la prise d’otages du supermarché cacher de Vincennes n’ont pas fini de marquer les esprits. Plût au ciel que les répliques ne se succèdent pas, mettant la France dans un état de siège permanent, celui que connaissent d’ailleurs déjà plusieurs pays de par le monde. Pour l’heure, le devoir le plus pressant est de ne pas céder à la panique, de ne pas faire le jeu des terroristes en leur accordant la vedette exclusive, de vivre en femmes et en hommes vigilants mais libres.

Mais comment vivre dans un monde menacé par l’instrumentalisation violente de la religion ?

Il serait facile et tentant de faire le raisonnement suivant : puisqu’on s’entretue encore et toujours au nom de Dieu, il est temps de se débarrasser une fois pour toutes des religions. L’espace public ne doit plus les tolérer. Non seulement il faut interdire les sapins, les crèches etc., mais retirer toutes subventions aux lieux de culte, et déclarer hors-la-loi ou anti-républicaine toute croyance religieuse. Une telle récupération serait évidemment un odieux amalgame. Elle serait injuste au regard des libertés fondamentales, et même insultante pour les victimes du terrorisme.

On peut d’ailleurs rappeler que cette prétendue sagesse préventive, consistant à interdire les religions,  a déjà été expérimentée à grande échelle par des régimes totalitaires. La religion, disait-on, c’est l’aliénation politique et sociale de l’humanité. Ou encore, c’est l’expression du troupeau des faibles qui cherche une consolation dans l’au-delà. Supprimer la religion, c’est libérer les esprits. Le résultat de cette attitude prohibitionniste est désastreux. Non seulement il n’atteint pas son but : dans la persécution et à cause d’elle s’opère un retour du religieux. En outre, la prohibition produit souvent une radicalisation fondamentaliste, et des caricatures de religion. Le remède est alors pire que le mal.

Tournons-nous plutôt du côté de la raison. Au lieu de reléguer les questions religieuses dans la sphère privée et d’interdire tout débat sur la légitimité des croyances, osons porter publiquement le débat sur ce qui est acceptable, tolérable ou irrecevable en matière de foi. Et demandons-nous, par exemple : qu’est-ce qu’un père qui commanderait à certains de ses enfants de supprimer leurs frères, au seul motif qu’ils ne croient pas les mêmes choses qu’eux, ou qu’ils ne vivent pas selon les principes  qu’il a ? Un monstre. Un monstre est-il digne d’obéissance ? Non.

Dieu peut-il exiger la mort d’êtres humains ? Voilà qui est douteux. Il est absurde de croire en un Dieu qui s’accommode de l’élimination de ses créatures, voire l’ordonne. Il appartient à chaque être humain, croyant ou non, de discuter cette conception.

Il nous faut tous sortir de cette conception infantile du Dieu vengeur, celui qui casse la gueule à nos ennemis. On dira que cette conception est pourtant bien présente dans les Écritures, et pas seulement coraniques. Mais sommes-nous condamnés à interpréter les massacres bibliques au pied de la lettre ? La lettre tue ! Qui sont ces ennemis représentés dans les récits bibliques par les Amalécytes, les Philistins, etc. que Dieu ordonne de liquider sans pitié et à l’extermination desquels il prête souvent main forte ? Qui sont-ils, sinon ces désirs de vengeance, de gloire, ces instincts de domination et de jouissance égoïste ? Ne nous trompons pas d’ennemi. Nous deviendrions terroristes. Le seul ennemi qu’il vaille de combattre, c’est le péché, non le pécheur. Monsieur Vincent de Paul se vit un jour reprocher, par une pieuse dame de la Cour, de venir au secours des « enfants du péché » qui, d’après elle, auraient mérité de mourir…Vincent de Paul eut cette réponse inspirée : « Madame, lorsque Dieu réclame un meurtre pour un péché, il envoie son propre fils ».

 

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