Sandra Jerusalmi : « À Paray-le-Monial, j’ai témoigné devant 3 000 chrétiens »

Sandra Jerusalmi travaille à l’Alliance israélite universelle, qui est un réseau d’éducation juive. Elle y assure la coordination des programmes d’études juives. Elle est par ailleurs résidente d’une Moishe House, réseau international de maisons dans lesquelles sont organisés des événements centrés sur l’identité juive et visant à faire redécouvrir la tradition et les textes. Ces événements sont destinés aux jeunes juifs (22-32 ans). Sandra fait également partie de LectureSefer, un groupe de lecture de la Torah par des femmes dans un cadre orthodoxe, mené par le professeur Liliane Vana.

J’ai toujours aimé dialoguer avec des personnes différentes de moi. Dans ma synagogue, il y avait des cercles de discussions judéo-chrétiennes et j’étais la seule jeune à y aller.
Lorsqu’on m’a demandé de présenter le judaïsme au parcours organisé, à Paray-le-Monial, j’étais enthousiaste, d’autant que les grands intervenants étaient d’une qualité exceptionnelle. Une dizaine de jeunes juifs se sont joints à moi.
Sur place, on m’a demandé si j’acceptais de témoigner devant les 3 000 chrétiens présents à la session générale pour raconter comment en tant que juive, je vis l’étude et reçois la parole divine. Le soir même, je montais sur scène.
La suite est encore plus surprenante. Quand je suis sortie de cette tente gigantesque et pendant tout le reste du parcours, les gens n’ont cessé de m’interpeller : « Merci beaucoup pour votre témoignage ! », « Je me suis reconnue dans ce que vous avez dit »… Mais surtout, à la fin de la veillée, un jeune homme choqué par ce que j’avais dit, vint m’interroger. J’avais cité le Talmud qui dit que « la Torah n’est plus aux cieux ». En quelque sorte, elle n’appartient plus à Dieu depuis qu’elle a été donnée aux hommes, c’est à nous de nous l’approprier. « Ça veut dire que l’homme se prend pour Dieu? », me demanda-t-il, offusqué. Je sentis que je bousculais sa foi, et que parler de ma propre foi pourrait l’offenser et remettre en question la sienne. J’ai découvert par cet échange combien christianisme et judaïsme ont deux visions du monde dans leur rapport à Dieu. Alors que nous nous référons sans cesse aux textes, les catholiques se reposent entièrement sur Dieu : croire en Dieu, l’aimer, recevoir sa Parole sont les fondamentaux de leur foi. Le judaïsme, lui, ne parle pas de foi. Par ailleurs, pendant le parcours, alors que les chrétiens parlaient beaucoup de Dieu, nous autres juifs parlions de Torah, de fêtes, de joie, mais aussi d’histoire et de tristesse. On nous a décrits comme vivant notre judaïsme “avec le ventre” alors qu’ils vivent plus leur pratique “avec le cœur”.
Avec les autres jeunes rencontrés, juifs et chrétiens, nous avons vivement souhaité poursuivre les échanges engagés dans un très beau climat d’écoute et de bienveillance. Depuis cet été, nous avons organisé trois soirées d’étude en alternance dans des lieux juifs et chrétiens, portées par la Moishe House. Ces rencontres étaient animées notamment par le frère Louis-Marie Coudray et le rabbin Nissim Sultan et comprenaient un temps d’échange sur les textes en petits groupes. Une trentaine de jeunes entre 20 et 35 ans sont venus à chaque fois, et les soirées se caractérisent par l’esprit de bienveillance qui y règne.
Contact : parismoishehouse@gmail.com

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