Mgr Mounir Khairallah: “Le Liban prouve que vivre ensemble est possible”

“Le Liban prouve
que vivre ensemble est possible”

En juillet-août 2006, du fait du conflit avec Israël, près d’un mil- lion de personnes vivant au Sud Liban se sont réfugiées au nord. Notre diocèse de Batroun a accueilli 15 000 personnes venant pour la plupart de la région frontalière avec Israël. C’étaient en très grande majo- rité des chiites. Ces gens ont passé 33 jours chez nous. Nous avons constitué des équipes d’accueil et d’accompagnement de ces réfugiés. Des jeunes de chez nous ont fait la garde jour et nuit pour assurer à nos frères musulmans une vie digne. Une fois le conflit terminé, avant de repartir chez eux, ils nous ont témoigné qu’ils avaient découvert ce qu’étaient les chrétiens libanais et les valeurs chrétiennes. Nous les avions en effet accueillis sans pré- jugé, sans arrière-pensée, sans intérêt quelconque. La charité chré- tienne seule guidait notre action. Cinq jours après leur départ, j’ai proposé au groupe des jeunes qui avaient été responsables de leur accueil d’aller les retrouver dans leur village, au Sud. En arrivant, nous avons constaté qu’il était détruit à 80 % ! Les familles vivaient dans les jardins en attendant de reconstruire leur maison. Nos amis ont tenu à ce que moi, prêtre maronite, je les bénisse, eux, leur famille et leur maison ! Le maire du village m’ac- compagnait ainsi que le directeur des Eaux du Sud Liban. Ces visites et bénédictions ont duré toute la journée. Nous avons terminé par la maison du directeur, musulman. Il a voulu que nous priions ensemble, que je bénisse sa maison et sa famille. Après la prière, il s’est levé, est allé en direction d’une armoire et m’a raconté : « Quand je suis parti à la hâte au début de la guerre, je n’ai demandé qu’une chose à Dieu : de conserver cette armoire. Elle contient le trésor de notre famille depuis des générations. » Il a ouvert l’armoire : il y avait des œuvres datant pour certaines de

deux mille ans ! Il a pris un vase d’argile, sans doute l’objet le plus ancien et me l’a tendu. « Prenez-le : exposez-le à Batroun en signe de reconnaissance pour tout ce que nous avons vécu avec vous, et tout ce que nous avons découvert chez vous. » Comme je ne voulais pas accepter un si beau présent, il a insisté. « Votre témoignage personnel m’a particulièrement touché. » Je leur avais en effet raconté que, comme chrétien, j’avais pardonné
à ceux qui avaient tué mes parents en 1958. Cet homme avait lui-même perdu son père lors de la guerre avec Israël, en 1973. « Il a été écrasé avec huit autres membres de ma famille par un char israélien. J’ai gardé une haine contre les Israéliens, jusqu’au jour où je vous ai entendu témoigner. J’ai découvert le pardon. Cela n’existe pas dans le Coran. En rentrant, j’ai promis à Dieu d’essayer. Je vais essayer de pardonner aux Israéliens, et même, de les aimer. » Ce témoignage manifeste qu’il est possible de vivre ensemble, chrétiens
et musulmans, dans une société qui respecte les différences culturelles, sociales et religieuses. Mgr Mounir Khairallah Évêque maronite du diocèse de Batroun

Propos recueillis par L. de Louvencourt

 

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