Thérèse : La petite sainte des “paumés”

crédit photo : Office central de Lisieux.

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Le père Daniel Ange, auteur du livre Les blessures que guérit l’amour aux éditions des Béatitudes, nous rappelle la prédilection de la petite Thérèse pour les personnes blessées.

Une petite fille paumée
Thérèse a 10 ans, regardons-la en face. Quelle vulnérabilité se lit dans ses yeux ! Une immense détresse semble habiter son cœur d’enfant. N’est-elle pas marquée au fer rouge par une ineffaçable meurtrissure ?
À quatre ans, sa mère est arrachée à sa soif de tendresse. « Mon heureux caractère changea complètement ; moi civile, si expansive, je devins timide, sensible à l’excès. »
À neuf ans, sa “seconde mère” – sa sœur Pauline – lui est enlevée à son tour puisqu’elle rentre au carmel. « Pauline était perdue pour moi, presque de la même manière que si elle était morte » (A 41). « Comment pourrais-je dire l’angoisse de mon cœur ? En un instant, la vie m’apparut dans toute sa réalité : remplie de souffrance et de séparation continuelle, et je versais des larmes bien amères (… ) Ce fut comme si un glaive s’était enfoncé dans mon cœur. »
Comme elle est désemparée ! Tellement démunie ! Une à une, les mains qui donnent sécurité ont lâché la sienne. « Je me sentais seule, bien seule (…) aux jours de ma vie de pensionnaire, (…) je me promenais triste et malade dans la grande cour. »
Elle sait déjà ce qu’est la solitude : « Il faut avoir traversé un tel désert pour en soupçonner l’amertume. »
Le jour de Pâques, 25 mars 1883, elle est atteinte d’une « maladie très grave dont jamais une enfant si jeune n’avait été atteinte » (A27). Maux de tête continuel, évanouissement et délire apparent, tremblement nerveux, frayeurs et hallucinations, on n’y comprend rien. Même le médecin paraît hésitant dans son diagnostic.
Le désarroi de ceux qui l’aiment est immense. Son père pense qu’elle va devenir folle, qu’elle va mourir. Tout a été tenté. Impuissance et honte, si souvent la nôtre devant la détresse de tant de frères pour qui on ne peut plus rien. Vraiment plus rien ?
Un sourire qui suffit à guérir
« Mais cette maladie n’était pas pour que je meure. Elle était plutôt comme celle de Lazare, afin que Dieu soit glorifié » (A 28). Et pour que le Père y trouve sa gloire, il faut que Jésus intervienne. Non une intervention parachutée du dehors, mais tombée comme le fruit mûr d’une longue supplication, arrachée par une espérance contre toute espérance. « La maladie devint si grave que je ne devais pas en guérir suivant les calculs humains (…). Ce n’étaient pas mes désirs qui pouvaient dire un miracle car il en fallait un pour me guérir (…) et ce fut Notre-Dame-des-Victoires qui le fit. »
Cette prière de guérison pour Thérèse, comme elle est instante ! Les amis sont mobilisés, des eucharisties offertes. Si Thérèse est tellement touchée « en voyant la foi et l’amour de son papa faisant dire des messes pour que Marie guérisse la pauvre petite fille », comment le cœur de Dieu n’en serait-il pas bouleversé ? Comment résister à une telle confiance ?
Et Marie, sachant ce que c’est que de voir mourir un enfant n’y tient plus. C’est plus fort qu’elle. À son tour, elle se tourne vers Thérèse. Elle pose sur elle son regard d’enfant et sourit. C’est tout. Cela suffit. « Thérèse guérie ! » Les larmes, les vraies larmes cette fois-ci, ces eaux profondes du cœur altéré, peuvent enfin jaillir. Larmes bénies ! Larmes « d’une joie sans mélange » (A30).
Thérèse comprend que c’est aux prières des siens qu’elle doit cette grâce du sourire de la toute gracieuse. L’Évangile n’a pas changé : « Voyant leur foi ! » C’est le jour de la Pentecôte. Le Seigneur choisit bien ses jours !

Laisse-toi regarder par un enfant blessé
Arrêtons-nous un instant. Qu’as-tu à nous dire ici, Thérèse ? Je t’entends nous confier : « Ceux que vous étiquetez : marginaux,
psychotiques, ces défoncés de tous bords, tous ces mal-aimés qui vous entourent de partout, que vous fuyez, que vous avez peur de toucher… et que vous êtes tous à certains égards, oui, tous ce sont vos frères. Je suis passée par là. Je sais ce que c’est. Tombez à genoux devant eux. Un mystère infini les habite.
Ils peuvent vivre un mystère d’Amour dont aucun soi-disant normal ne soupçonne l’intensité. Ils portent les stigmates de Jésus, passé pour
“timbré” auprès des siens. Voyez sa gloire sur leur visage défiguré. Ils sont aimés tels qu’ils sont. Même si leur consentement à cet Amour se vit dans cette pauvreté ultime, n’avoir qu’à offrir de ne même plus pouvoir offrir. L’intimité avec Dieu serait-elle plus liée à l’intégrité psychique qu’à la bonne santé physique ? »

Thérèse, je t’entends nous dire avec plus de force encore : « Jésus aime guérir. Pas une situation de détresse – aussi désespérée soit-elle – où il ne puisse intervenir librement, gratuitement, merveilleusement. Pas une nuit – aussi longue soit-elle – que sa lumière ne puisse venir habiter. Mais il est “timide”, le Seigneur ! Il n’impose pas ses dons. Il attend que tu ouvres la porte à sa guérison. Il est là devant toi, comme un enfant blessé qui t’offre ces blessures en silence pour guérir les tiennes. Et dans ses yeux un peu tristes, tu lis : “Veux-tu de moi ? Veux-tu que je fasse pour toi ce que j’ai fait pour Thérèse ?” »

Laissons éclater quelques instants notre louange pour toutes ces délivrances dont nous sommes les témoins émerveillés. Ces guérisons – instantanées ou par étapes – de psychismes profondément blessés, quels signes de sa tendresse ! Combien d’entre nous peuvent dire avec Thérèse : « Ce que rien, ce que personne n’a pu faire, oui, Jésus l’a fait pour moi. » Et Thérèse de répondre : « Le Royaume est parmi vous. Alléluia ! »
(Lc 10,9).

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Petit mot de l’éditeur du livre du père Daniel Ange

« La première édition du livre Les blessures que guérit l’amour aux éditions des Béatitudes date de 1977. Nous l’avons constamment réédité, avec des versions parfois un peu remodelées.
Dès le début du Renouveau dans l’Esprit en France, dans le milieu des années soixante-dix, plusieurs observateurs furent frappés par certaines correspondances entre ce que Thérèse de Lisieux avait vécu et exprimé dans ses écrits et ce qui était vécu dans les premiers groupes de prière ou communautés : le don de Dieu qui s’offre aux pauvres et aux petits, l’expérience de la guérison des blessures et de la miséricorde, des temps de grâces se révélant être de véritables effusions de l’Esprit et même la manifestation de certains charismes. Daniel-Ange fut l’un des premiers à en avoir l’intuition et à la développer dans une série d’enseignements qui donnèrent naissance à ce livre. »