Ulf Ekman: de la megachurch à l’Église catholique

ULF
Le pasteur évangélique suédois Ulf Ekman, fondateur d’une megachurch, a surpris le monde entier en annonçant sa conversion au catholicisme il y a deux ans. Un itinéraire incroyable, qui n’est pas fini.
Par Henrik Lindell
De mémoire de protestant évangélique, on n’avait jamais connu un événement semblable. Le 9 mars 2014, le célèbre pasteur suédois Ulf Ekman a annoncé sa décision de se convertir au catholicisme. La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le monde chrétien.
En effet, Ulf Ekman est probablement le seul chrétien dont tous les suédois connaissent le nom. Pendant trente ans, ce pasteur trublion avait structuré les grands débats théologiques tout en provoquant d’innombrables controverses. Pasteur de l’Eglise luthérienne de Suède (une Eglise d’Etat jusqu’en 2000 et ultramajoritaire), il avait fait scission en 1983 en fondant sa propre église évangélique avec son épouse Birgitta et quelques amis pasteurs. Et ceci en plein Uppsala, siège de l’archevêque luthérien, non loin de Stockholm. Cette communauté, baptisée Livets Ord (Parole de vie), a vite connu un développement explosif, en passant de quelques dizaines de membres à plusieurs milliers en quelques années. La megachurch, la première du pays, a été construite en 1987 et elle est toujours la plus grande de Suède, avec ses quelques 3500 membres actifs présents au culte le dimanche. Le type de christianisme qui y est prôné est inspiré du néo-pentecôtisme américain, donc un protestantisme évangélique avec une forte insistance sur la guérison, sur l’importance de la prière et de la louange, mais aussi sur une certaine orthodoxie biblique. Révoltée contre le libéralisme théologique et le relativisme, notamment en matière de mœurs, de son Eglise d’origine, Ulf Ekman a également fondé une école biblique en lien avec la communauté. Pas moins de 10 000 étudiants y ont été diplômés. L’Eglise Livets Ord a par ailleurs envoyé 7000 missionnaires dans le monde, notamment dans les pays issus anciennement soviétiques, où de nombreuses églises sœurs ont été fondées sur le même modèle que Livets Ord. C’est donc cet incroyable success story qui a pris un tournant étonnant il y a deux ans.
Aujourd’hui, Ulf Ekman, qui a 65 ans, est en principe à la retraite depuis trois ans. Or, comme il nous le confie, en nous recevant dans sa maison tout en bois, entouré de statues de Marie et d’images saintes, il continue de mener une vie très active dans sa nouvelle Eglise. Avec Birgitta, son épouse, également convertie au catholicisme, il se rend à la messe le dimanche à l’église de Saint-Lars à Uppsala et anime de nombreux groupes de prière. Il écrit des livres et donne des conférences à travers le monde, comme par exemple aux Journées mondiales de la Jeunesse à Cracovie cet été.
De fait, malgré le changement d’appartenance ecclésiale, il n’a guère connu de rupture dans sa vie de croyant. Son passage au catholicisme ressemble à un long fleuve tranquille qui a commencé dans les années 1990 avec le désir de comprendre une Eglise qu’il ne connaissait alors pas du tout. En rencontrant des catholiques charismatiques, en particulier, il s’est d’abord rendu compte des nombreux points communs avec eux, ce qui l’a incité, lui et son épouse, à approfondir les relations. Alors que Birgitta a commencé à faire l’expérience de la présence de Marie – un phénomène qui peut être déstabilisant pour tout « vrai » protestant ! – Ulf, lui, a été marqué par la question de la « nature de l’Eglise » et sa continuité. Dans le protestantisme, n’importe qui peut fonder une église et il était bien situé pour constater les limites de ce type de « pragmatisme » ecclésiologique. Au sein de son propre mouvement, certains pasteurs étaient très insuffisamment formés. Surtout, il a médité le chapitre 17 de l’Evangile de Jean, « où Jésus nous demande d’être unis ». Un jour, le pasteur a compris que Jésus a donné sa gloire à ceux qui croient en Lui « pour qu’ils soient un » comme le Père et le Fils sont un et afin que les croyants soient « accomplis dans l’unité » (Jean 17,23). Et il en a tiré la conclusion que l’unité chrétienne se manifesterait sous forme d’une structure visible, un corps, à savoir l’Eglise catholique fondée par Jésus lui-même qui aurait ainsi toute « la plénitude de la vérité ».
Mais aussi importante qu’elle soit, cette « conversion »-là n’est pas pour lui un changement de religion. « Bien entendu, je n’ai pas changé de religion ! nous dit-il. Moi, je me suis vraiment converti au Christ quand je suis devenu chrétien à 19 ans. Voilà le changement le plus important. » Encore aujourd’hui, Ulf  Ekman parle de ce moment-là, où tout a basculé, quand il était tout jeune, comme si c’était tout récent. Issu d’un milieu non croyant, sécularisé, il évoque une révélation très inattendue. « Un ami chrétien m’a demandé s’il pouvait prier pour moi. J’ai dit oui, sans savoir pourquoi. C’était un moment extrêmement déstabilisant. J’ai eu peur et je suis parti en claquant la porte. Mais le soir même, arrivé chez moi, j’ai moi-même prié pour la première fois. Je me suis agenouillé. J’ai présenté un véritable catalogue de péchés qui était le mien. J’ai demandé à Jésus de se révéler s’il existait et d’entrer dans mon cœur. J’ai senti une présence. Toute la pression qui pesait sur moi était retombée. Puis, je me suis endormi et j’ai bien dormi. C’était un dimanche matin et je suis allé à l’église. Tout avait changé. »
De la megachurch à l’Église catholique, un livre d’entretien d’Ulf Ekman avec Henrik Lindell, éditions du Cerf, 14 euros, 2016.

 

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