Jacqueline: « À Paray-le-Monial, Dieu m’a fait un cadeau inestimable »

Paray
Je suis née d’un couple d’exclus de Dieu. C’est ainsi que se sentaient mes parents. En 1943, ma maman, tombée amoureuse d’un jeune tirailleur sénégalais pendant la guerre, avait donné naissance à une jolie petite fille, ma grande sœur. Pas de mariage, un enfant métis dans un petit village de 1 100 habitants, imaginez… Plus tard, maman a rencontré papa de retour de la guerre d’Indochine et fraîchement divorcé. J’ai été baptisée le 15 août 1959 et consacrée à la Vierge. J’ai commencé à aller à l’église avec ma grand-mère dès que j’ai pu marcher. Me montrant le Sacré-Cœur, elle me disait de ne pas bouger sinon il me ferait signe de son mécontentement avec son doigt pointé sur moi… Mais Jésus avait un air si doux ! Tout cela faisait partie de la bulle de mes vacances d’été avec Mémé. Il y avait aussi tous les matins et tous les soirs la prière à genoux, où nous rendions grâce à Dieu pour ce temps accordé à vivre. Petit à petit le Notre Père et le Je vous salue Marie se gravaient en moi.
Les années ont passé. Papa est mort dix-neuf jours après mon dix-huitième anniversaire. J’avoue que là, j’en ai voulu à Dieu et je n’ai plus cru en lui. Me prendre mon papa, mon meilleur ami, mon guide, le compagnon de tous mes rires et de tous mes chagrins ! Je l’ai abandonné. J’ai crié contre lui, contre la terre entière. J’étais dévastée.
Loin de lui, j’ai rencontré un garçon proche de lui. Je me suis mariée religieusement sans avoir trop conscience de l’importance du sacrement de mariage mais consciente de mon engagement pour la vie. J’avais 20 ans.
Malgré les épreuves, nous avons construit une belle famille avec les enfants que Dieu nous a confiés : Aliénor, notre bébé “tricoté mains” ; Azéline, née à Tahiti ; Moïse, né en Haïti ; et plus tard, Maria, que nous avons accueillie quelque temps.
Aliénor nous exhortait à venir à Paray. « Maman, viens, tu verras, c’est génial ! Viens, tu as tout à fait ta place dans l’Église, quand j’entends certains enseignements, je retrouve l’éducation que j’ai reçue. » Mais, je reculais sans cesse le moment.
Arrive l’été 2010, cela fait plusieurs fois que je décline l’invitation d’Aliénor et Thomas. Bon, cette fois on va y aller. Après tout, c’est grâce à eux et au prêtre qui les a bénis lors de leurs fiançailles que Moïse, handicapé à 80 %, a pu enfin accéder à l’eucharistie.
Cela fait 7 ans et demi que l’on galère à chercher une institution pour adultes pour Moïse, et à voir Azéline faire n’importe quoi de sa vie. On ne va quand même pas se fâcher avec notre Aliénor !
Nous voilà donc perdus à Paray parmi ces familles nombreuses, blanches et très catholiques. Souriants, un peu tous sortis d’un même moule. Mais qu’est-ce qu’on “fout” là ? Bien sûr, il y a quelques familles de couleur et les gens du voyage. Mais, on ressent un certain malaise qui s’accroît quand on les voit lever les mains au ciel, chanter en langues et parler à Dieu…
Et puis, il y a les enseignements, dont celui d’un agriculteur qui nous parle de la famille, de sa famille, de ce que l’on veut laisser en héritage à nos enfants. Ses paroles pénètrent en moi et vont cogner dans mes angoisses de mère. Et je pleure le jour, la nuit et je parle, je parle de Jésus avec mon époux comme je n’ai jamais parlé de ma foi toute petite, toute blessée, tellement pas grand-chose, tellement minable que je ne pourrais jamais sauver ma fille des débordements de sa jeunesse, que je vais la perdre, c’est sûr et peut-être pour toujours.
On est depuis 2 ou 3 jours à Paray. Mon mari téléphone dans un établissement pour adultes à 2 km de chez nous et obtient un rendez-vous ­– même si le directeur nous le dit franchement « il est impossible d’accueillir votre enfant, son traumatisme crânien étant survenu avant l’âge de trois ans ». Mon mari sourit, confiant.
Autre enseignement, sur l’effusion de l’Esprit Saint cette fois. Une Américaine nous raconte sa vie et nous demande de bénir la personne qui est près de nous. Une jeune femme d’une vingtaine d’années plonge son regard dans mes yeux, dans mon âme et trace une croix ferme et douce sur mon front. Les larmes me montent aux yeux, et à mon tour, je la bénis, d’une main tremblante. Et je pleure, je n’en finis pas de pleurer mes larmes de petite-fille, mes larmes de fille, mes larmes de mère d’enfant handicapé, mes larmes de mère d’enfant en perdition, mes larmes de « plus d’espoir », de « tout raté ». Je n’ai pas su dire, faire, transmettre… Au cœur de la nuit, dans mon lit, accrochée à la main de mon mari qui me retient comme une noyée, je sens que je suis aimée, aimée comme jamais. Une grande paix m’envahit. Je suis aimée au-delà de tous mes ratages, mes colères et obstinations.
Nous rentrons, chargés de livres, de CD d’enseignements, de musique pour se souvenir toute l’année. Et puis, on parle, on partage, on prie.
On visite l’établissement à notre porte, et on y rencontre le prêtre, Gaël, qui a fiancé Aliénor et Thomas. Pour lui, c’est sûr, Moïse a sa place, ici. Pour nous, c’est non, le directeur nous l’a dit. À la fin de la visite, le directeur nous donne un dossier à remplir. Moïse est entré dans ce centre de traumatisés crâniens le 18 avril 2011.
Gaël quitte la paroisse. Nous invitons Azéline au pique-nique organisé pour son départ. Elle vient à contrecœur. Enthousiasmée par un couple qu’elle rencontre, elle décide ensuite d’aller au Parcours Alpha. Puis, elle range sa vie, comme on range une vieille armoire. Elle s’inscrit aux JMJ, un peu inquiète de se retrouver avec de “vieux” cathos. Juste avant, lors d’un mariage, elle rencontre un jeune homme et ils parlent de leurs vacances. En Espagne ? Moi aussi. À Madrid ? Se regardant en souriant, ils s’écrient tout joyeux : « JMJ ! » Retrouvailles à Cuatro Vientos. Le 27 octobre 2012, Azéline et Pierre se marient civilement. Le 27 novembre, le même jour que Moïse, Pierre est confirmé et accède pour la première fois à l’eucharistie. Le 27 avril 2013, Azéline et Pierre se marient religieusement.
À Paray-le-Monial, Dieu m’a fait un cadeau inestimable : il m’a révélé son amour infini. Il m’a pris ma colère, mes angoisses. Il m’a montré que j’étais digne d’être un membre de son Corps. Il m’a donné une place au cœur de son Église. Et sa joie. J’essaie de transmettre ce trésor, la certitude d’être aimée de Dieu, au sein de ma famille, à mon mari, à mes enfants, à ma petite-fille, Jeanne, née de l’amour d’Azéline et Pierre, dans mes engagements, etc.
Dans l’épreuve, nous ne sommes jamais seuls, car comme me l’a dit une amie musulmane, Dieu nous tient alors au creux de sa main qui nous guide.
Que Dieu me garde dans sa joie pour réchauffer ceux qui souffrent et ceux qui doutent.
Témoignage paru dans Ilestvivant! N° 325 mai-juin 2015 « Sessions de Paray: des vies transformées. »
Pour s’inscrire à une session de l’été 2015, c’est ici

Tous nos articles, témoignages et vidéos à retrouver ici

Abonnez-vous à Il est vivant !